Les raisons de l’abstention active

20 03 2008

Independentzia eta Sozialismorantz _ EUSKAL HERRIA _PAS À PAS n° 212

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LES RAISONS DE L’ABSTENTION ACTIVE

 

Le 21 février, la gauche basque fait irruption sur la scène politique avec une proposition qui enthousiasme ses sympathisants et déconcerte les autres. Sous la surveillance de la police, comme à l’habitude, la présentation officielle des propositions pour la journée électorale du 9 mars a lieu dans un hôtel d’Iruñea. La société basque est appelée à se positionner face à l’État et à ses collaborateurs au moyen de l’abstention active. Au terme de la conférence de presse, la police retient et identifie les porte-parole, mais l’annonce se répand déjà, telle une traînée de poudre, dans toute l’Euskal Herria.

Perspective historique

Le refus basque de se rendre au Parlement espagnol est une stratégie appliquée par intermittence depuis 30 ans.

  • En 1978, l’État espagnol prépare le texte constitutionnel au moyen duquel la disparition physique du dictateur Franco devait être réglée. Un député représentant le peuple basque prit alors conscience que tout était bon, prétextes et artifices, pour éviter que la voix des Basques soit entendue à la Chambre des députés espagnole. Il monte à la tribune, lève le poing, crie « Vive l’Euskadi libre », « Vive l’Euskadi socialiste » et, son porte-document sous le bras, il quitte définitivement les lieux.

  • En 1979, élections législatives espagnoles. La gauche basque se présente en disant clairement qu’elle n’assistera pas aux séances parlementaires et en incluant sur ses listes électorales des personnes incarcérées. 175.000 personnes ont voté pour l’option présentée.

  • En 1982, la même stratégie est maintenue lors de la campagne menée sous le slogan « Nous luttons pour vaincre ».

  • En 1989, la gauche basque mise avec force sur les élections au Parlement espagnol. Le résultat est spectaculaire puisqu’elle obtient 217.000 voix. Les élus de la gauche basque affirment alors qu’ils vont se rendre à Madrid pour être accrédités au Parlement, en précisant qu’ils représentent un peuple souverain et qu’ils vont travailler à la promotion de négociations pour obtenir une paix juste. La veille de l’accréditation, la délégation basque est attaquée par des mercenaires armés dans le restaurant où ses membres étaient en train de dîner. Un parlementaire est assassiné par balle et un autre gravement blessé. Le lendemain, la condamnation est ferme : « Nous accusons directement le Gouvernement espagnol de ce crime, dont l’objectif n’est autre que de faire fléchir la volonté de négociation. »

Malgré tout, les parlementaires de la gauche basque se rendent au Congrès à deux reprises, et leurs interventions brisent la routine parlementaire : la première fois, pour dénoncer la première guerre du Golfe, et la seconde pour s’élever contre le modèle de construction européenne imposé par le traité de Maastricht : « Les Basques ne sont ni Espagnols ni Français. Depuis notre condition de nation différenciée, nous refusons ce modèle de construction européenne basée sur les États et excluant des nations comme la nôtre… »

  • Au cours de la législature 1993-1996, les députés de la gauche basque n’interviennent qu’une seule fois, en mars 1995. Ils dénoncent alors la situation des prisonniers et la guerre sale. Cette allocution déclenche d’ailleurs la colère des députés espagnols. Les députés du PNB se distinguent pour leur agressivité envers leurs pairs de gauche, et remportent la palme quant aux insultes adressées aux députés d’Herri Batasuna. À partir de cette intervention, la gauche basque ne reviendra plus au Parlement espagnol.

  • Lors des élections de l’année 2000, déjà, elle se décante pour l’abstention active. Un processus d’unification des secteurs basques pro-souveraineté, connu sous le nom de processus de Lizarra, est en cours. Et dans ce contexte, les institutions espagnoles perdent toute valeur aux yeux de la gauche basque. La campagne en faveur de l’abstention active est un succès, avec une augmentation de 7 points de l’abstention. Les autres forces politiques font la sourde oreille à cette rébellion nationale basque.

  • Les élections de 2004 sont précédées d’une nouvelle initiative politique : la gauche basque propose aux autres formations basques de former une interlocution conjointe en tant que peuple et au-delà des partis, à Madrid. L’initiative est rejetée par les autres partis. En 2005, même chanson, lorsque le Président basque, Ibarretxe, présente son plan devant le Congrès espagnol, il est rejeté. Bien que ce plan ait été auparavant approuvé à la majorité du Parlement basque, le président a refusé qu’une délégation des forces ayant soutenu son plan ne l’accompagne à Madrid.

  • Le 12 octobre 2007, l’Action Nationaliste Basque annonce qu’elle va se présenter aux élections dans l’intention d’exiger du Congrès espagnol la reconnaissance du droit à la décision du peuple basque. Elle n’en a pas le loisir. Avant le lancement de la campagne électorale, le Tribunal National espagnol interdit toute action politique de ce parti.

Pourquoi appelons-nous à l’abstention ?

Plusieurs raisons convergent pour aboutir à cette décision :

  1. Rébellion face à l’État d’exception imposé par l’Espagne et par la France. Sans aller jusqu’à énumérer les atteintes aux droits – liste sans fin -, nombreux sont ceux qui (en Euskal Herria et à l’extérieur) considèrent les événements actuels comme totalement injustes et intolérables. Ils considèrent que le moment est venu de lever un mur de dignité pour contenir et freiner les abus commis par les deux États.

  2. Il s’agit également de démasquer ceux qui, grâce à tous ces abus, préparent un réaménagement statutaire. Non contents du désastre de la transition, si toutefois on peut appeler ainsi ce qui ne fut qu’un piège, ils sont disposés à rééditer la duperie. Le PSOE nécessite et dispose d’interlocuteurs collaborationnistes parmi les basques. Or, le PNB et NaBai se prêtent en effet à cette nouvelle escroquerie. Mais la manoeuvre est d’autant plus difficile si la gauche basque est active. L’abstention a pour but de démasquer le PSOE et ses collaborateurs.

  3. En troisième lieu, et d’un point de vue positif, il faut avancer en direction d’une solution définitive du conflit. L’abstention est un exercice de réaffirmation nationale, un pas de plus vers l’indépendance.

Les réactions

Le Parti Socialiste Ouvrier Espagnol et le Parti Populaire, absorbés par leur affrontement préélectoral, n’ont pas accordé une grande attention à cette initiative. Les partis réformistes basques, par contre, émettent des signes de préoccupation. La télévision publique basque a donné une information tendancieuse, la police aux ordres rode et identifie les participants aux mobilisations en faveur de l’abstention. Chaque jour qui passe voit apparaître un nouvel argument, plus absurde que les précédents, pour disqualifier la proposition. La gauche basque répond par des initiatives politiques et des mobilisations incessantes.


 

Euskal Herria, mars 2008


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