Une campagne électorale sur fond de proscriptions

20 03 2008

logoab.png

 

Independentzia eta Sozialismorantz _EUSKAL HERRIA _ PAS À PAS n° 213 _ASKAPENA Information

UNE CAMPAGNE ÉLECTORALE SUR FOND DE PROSCRIPTIONS

Le 9 mars, des élections générales ont eu lieu en Espagne. La gauche basque n’a pas pu se présenter puisque toute activité politique lui avait été interdite. Toutefois, elle a mené une campagne appelant à l’abstention active, campagne s’appuyant sur un dynamisme populaire impressionnant.

L’appel de la gauche basque à s’abstenir a constitué, dès le départ, une alternative au vote, une réponse, en tant que peuple, à une situation gravissime où l’État espagnol niait à un important secteur du peuple basque l’exercice de ses droits fondamentaux. Les leaders des partis basques réformistes n’ont pas su adopter une hauteur de vues suffisante ; et, agissant dans une mentalité de parti, ils ont rejeté la proposition d’abstention en traitant la gauche basque comme s’il s’agissait de leur pire ennemi.

Certains ont tenté de retirer les drapeaux habituellement défendus par la gauche basque, pour essayer de mettre à profit l’avantage représenté par la mise hors-la-loi de celle-ci. Comme un seul homme, ils ont mené une campagne absolument normale, sans vouloir se rendre compte qu’un pan entier de la société basque est hors la loi. La solidarité et la camaraderie sont des termes qui ne figurent pas à leur vocabulaire. Et comme les mesures judiciaires et administratives ne les concerne pas, ils détournent le regard pour ne pas voir celles qui sont appliquées à d’autres. Ils consentent et l’abstention les gêne. Ils ont donc tenté de quitter toute légitimité à cette option, en prétextant qu’il s’agissait d’une marque de la faiblesse de la gauche basque, de la perte d’une énergie précieuse (« Si vous votez pour nous, nous défendrons à Madrid les intérêts du peuple basque ! » Comme ils l’ont fait jusqu’à présent, peut-être ?). Mais le coup le plus bas a consisté à utiliser le même discours que le Tribunal National espagnol, discours à l’origine de l’emprisonnement de tant de camarades : Tout est l’ETA, et « la gauche basque a lancé une telle proposition parce que l’ETA est à l’origine de cette initiative ». Et cette accusation, gravissime et non avérée, fournit des arguments au tribunal spécial pour emprisonner, lorsque l’envie lui en viendra, les personnes ayant coordonné le mouvement en faveur de l’abstention.

Joignant le geste à la parole, la télévision publique basque, sous le contrôle du PNB, a boycotté le mouvement pour l’abstention. Et comme si le silence n’était pas suffisant, la présence policière habituelle a été maintenue. On a empêché la gauche basque de faire entendre sa voix aux abords des lieux où certains des responsables politiques de la proscription intervenaient dans le cadre de la campagne électorale. Les manifestations et meetings en faveur de l’abstention ont été fortement surveillés par la police qui, à plusieurs reprises, a saisi le matériel et, plus souvent qu’à son tour, a procédé à l’identification des participants aux mobilisations. La police basque pro-espagnole a ainsi fait campagne au bénéfice de son patron, le PNB, en arrêtant deux jeunes accusés d’être de dangereux terroristes qui seraient, deux jours plus tard, remis en liberté sans conditions.

Une campagne électorale avec l’imagination au pouvoir

Une nouvelle fois, la capacité d’organisation et de créativité de la gauche basque s’est révélée au grand jour. Elle a démontré disposer d’une grande équipe de conception graphique, à en juger par les supports publicitaires nombreux et variés appelant à l’abstention. L’organisation surprend également ; malgré les coups reçus, tout le matériel électoral est parvenu dans les villes, villages et quartiers de la géographie basque… où il a été distribué ; il est clair que de très nombreux militants se sont investis pour que les affiches, tracts, autocollants… deviennent la voix des sans-voix.

La revendication en faveur de l’abstention a été reprise par des secteurs sociaux variés : jeunes, syndicalistes, étudiants, personnalités de la culture et des arts… Des fêtes pour l’abstention ont été organisées, avec démonstration de « force basque » (sport rural) et musique populaire. On a pu assister à des séances animées de bersolaritza (improvisation en vers chantée), devant un public nourri. Des visages connus de la scène politique sont intervenus publiquement pour diffuser le message pro-abstention. De nombreuses manifestations publiques ont vu des personnes anonymes intervenir spontanément, au risque d’une amende ou d’une arrestation, pour dénoncer la situation. Des groupes de rock basques ont tenu à être présents et ont signé un manifeste en faveur de l’indépendance. Les citoyens anonymes par milliers ont participé à d’innombrables rassemblements, marches, caravanes de voitures, manifestations, etc… Soulignons à cet égard la manifestation d’Iruñea (Pampelune) du 1er mars qui a rassemblé quelques 3.000 personnes. À de telles occasions, il n’était pas rare de voir trois générations apporter ensemble la même réponse de dignité face aux assauts de l’État.

Agissant clandestinement, d’autres activistes ont effectués de nombreux sabotages et l’organisation armée ETA a commis deux attentats sans victimes mortelles. Le dernier jour de la campagne, un attentat visait un ex-conseiller municipal, lequel décédait presque sur le coup. Nous y reviendrons.

L’engagement internationaliste

Tandis que l’Euskal Herria était le théâtre d’une mobilisation active et permanente, certains membres de la gauche basque se sont tournés vers l’opinion internationale : de nombreux contacts ont été établis avec des acteurs politiques et sociaux de différents pays. Résultat de ces démarches, un groupe de 18 observateurs internationaux s’est rendu en Euskal Herria pour voir dans quelles conditions allaient se dérouler les élections. Par ailleurs, le collectif Anitzak, formé d’émigrants résidant en Euskal Herria, s’est engagé à diffuser au sein des peuples le conformant une information véridique à propos de la situation actuelle au Pays Basque.

Et, émulant le communiqué émis par Askapena, nous tenons ici à remercier de tout coeur les personnes qui, d’Argentine, du Chili, de Colombie, de France, de Hollande, d’Irlande, d’Italie, du Mexique, du Portugal, de la Nation Mapuche, d’Uruguay, du Venezuela, d’Écosse, d’Occitanie… se sont activement mobilisées pour dénoncer l’atteinte aux droits qui frappe le peuple basque. Nous tenons également à remercier les personnes qui, dans l’État espagnol, ont apporté une réponse cohérente à cette clameur de solidarité entre les peuples. Des universitaires qui, des Pays Catalans, de Galice et de Madrid, ont démasqué des personnalités liées au fascisme oppresseur et qui prétendaient se faire passer pour des démocrates. Nous tenons également à reconnaître la défense des droits des peuples promu par le Comité de Solidarité de Valladolid et la grande manifestation de Madrid, le 1er mars, à l’initiative d’une série d’organisations et de collectifs à la mentalité populaire et à la sensibilité solidaire. Nous encourageons toutes ces personnes à approfondir l’internationalisme dont ils sont porteurs comme facteur indispensable à tous. Leur exemple nous engage à renforcer notre solidarité envers tous les combattants du monde.

Euskal Herria, 11 mars 2008


Actions

Informations



Laisser un commentaire




Jeunesse et Développement |
RELATOS DE EDGAR |
Politique buzz en Eure-et-Loir |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Luisant Pour Tous
| Collectif antilibéral de Ch...
| Blog de Michel Issindou