Dossier GAL : Terreur d’Etat(s) au Pays Basque

18 04 2008

Pourquoi y a-t-il des attentats au pays basque ?

Vous venez de voir le film G.A.L., de Miguel Courtois. Malgré certains anachronismes et passages romancés, ce film décrit pour l’essentiel des faits réels, parfois dans leurs détails les plus précis. Le G.A.L. est l’organisation terroriste la plus meurtrière dans l’État français depuis l’O.A.S.

Pour comprendre ces événements – et comprendre pourquoi ce film a été boycotté en Espagne -,
il faut connaître leur contexte politique : la question nationale basque.

Malgré une unité de territoire, de langue, d’histoire et de culture, le Pays basque n’a pas pu, à l’époque moderne, se constituer en État indépendant. Le droit à l’autodétermination, reconnu au peuple basque par la République espagnole en 1936, lui a été refusé par la violence et la terreur sous la dictature franquiste, puis sous le règne de celui que Franco a lui-même désigné comme son successeur, Juan Carlos. La fin du régime franquiste n’a en effet pas fondamentalement changé la façon dont l’État espagnol traite la question basque :

- emprisonnement de nombreux militants indépendantistes, qu’il leur soit ou non reproché des actions violentes (il y a aujourd’hui plus de 730 prisonniers politiques basques, davantage qu’à la mort de Franco. A l’échelle de la France, cela représenterait 15 000personnes) ;

- éloignement systématique de ces prisonniers du Pays basque ;

- usage massif de la torture (5 000 plaintes déposées depuis 40 ans, et des dénonciations régulières de la part des O.N.G. internationales), allant jusqu’à pur et simple « liquidation » de militants arrêtés ;

- fermeture des journaux et radios indépendantistes, et emprisonnement de leurs dirigeants;

-interdiction de partis politiques (ainsi, il y a quelques semaines, juste avant les dernières élections, deux partis qui avaient totalisé près de 20 % des voix lors du dernier suffrage, et qui comptaient des centaines d’élus, ont été interdits du jour au lendemain) ;

- Et, plus globalement, refus persistant de reconnaître le droit à l’autodétermination, alors que la majorité des Basques a refusé en 1978 la constitution espagnole parce qu’elle n’accordait qu’une autonomie administrative.

C’est cette réalité qui explique pourquoi il y a encore des attentats aujourd’hui au Pays basque.
Face à cette situation, malgré la criminalisation de ses idées et la possibilité très concrète d’être
arrêté, torturé et incarcéré pour le simple fait de faire un travail politique, social ou institutionnel,
la gauche basque mène une lutte populaire qui associe revendications indépendantistes, sociales,
démocratiques et internationalistes, portées par des syndicats, des mouvements de jeunes, de femmes, de lutte contre les discriminations, de défense de prisonniers, de solidarité internationale, etc. Elle affirme que la paix passe par la négociation, et par la reconnaissance des droits du peuple basque. Elle propose une solution démocratique, permettant aux habitants du Pays basque de décider librement de leur avenir, sans exclusive.

La France qui désormais participe activement à la répression du mouvement indépendantiste basque (il y a aujourd’hui plus de 160 prisonniers politiques basques en France, la grande majorité en région parisienne), est directement concernée par ce conflit, puisqu’elle occupe le nord du Pays basque. Aussi, comme démocrates, il est de notre devoir d’exiger des dirigeants politiques français un changement radical d’attitude sur cette question : reconnaître l’existence du Pays basque et donc le droit à l’autodétermination de ce peuple, et favoriser une solution politique à ce conflit.

Dans cet objectif, le Comité de solidarité avec le peuple basque mène à Paris un travail d’information et de sensibilisation. Vous y êtes bienvenus.

Retrouvez-nous sur Radio Libertaire (89.4 Mhz),
chaque dernier vendredi du mois, de 22h30 à 0h30.
Écoutez aussi Txalaparta, sur Radios Pays (93.1 Mhz),
le mardi de 21h à 24h et le mercredi de 12h à 15h.

C.S.P.B., 21 ter, rue Voltaire, 75011 Paris
comite_basque@yahoo.fr – http://cspb.unblog.fr

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26/04/2008

Les années sombres du GAL

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Les séances de l’avant-première du film GAL ont fait salle comble, à Saint-Jean-de-Luz. Signe que cette affaire est encore vivante dans la mémoire des habitants locaux

La sortie du film GAL a été suivie de près par les médias locaux. Au-delà d’une communication bien calculée, ce film ouvre de nouveau des plaies, et ne laisse personne indifférent. Il rappelle une époque sombre du Pays Basque Nord. L’acteur principal, José Garcia le confirme: « le film est intéressant d’un point de vue historique ».

Au début des années 80, les Groupes Antiterroristes de Libération agissaient en territoire français dans le but de neutraliser les membres de l’organisation armée ETA. Le GAL a fait 27 morts, mais il n’a pas été le seul à avoir tué des militants, parfois, pris au hasard. Triple A et Bataillon Vasco Español sont deux autres organisations qui ont agi contre les militants basques. Le GAL est la dernière trace de cette guerre sale impulsée par l’Etat espagnol avec la complicité de l’Etat français.

Effectivement, les actions menées par ce groupe de mercenaires se sont déroulées à Bayonne, Saint-Jean-de-Luz, Hendaye, Baigorri, ou encore Mauléon. Le premier a frappé Bayonne. En octobre1983, deux réfugiés basques, J.I. Zabala « Joxi » et J.A. Lasa « Joxean » disparaissent. C’est le début d’un chapelet de disparitions, attentats et assassinats. Plusieurs entreprises sont également la cible d’incendies criminels. Urkide d’Hendaye, la coopérative Denek d’Arrosa, Collectivité Service de Bayonne, la coopérative Alki d’Itsasu sont touchées en 1984.

Inquiétude des habitants

Les murs des bars des Pyrénées, Kaiet-Enea et Monbar de Bayonne, celui de la Consolation de Saint-Jean-de-Luz sont des témoins parmi d’autre, de cette époque de terreur. Les militants fuyant le territoire espagnol ont l’habitude de s’y retrouver. Dans ces milieux, la suspicion est pesante. Auprès des habitants des provinces du Nord l’inquiétude est grande. Des manifestations sont organisées, mais pas un seul responsable politique local ne se joint à la dénonciation. Jakes Bortayrou de l’association Oroit eta Sala se souvient du changement de discours de Jean-Pierre Destrade (élu PS) survenu d’une semaine à l’autre. Il avait commencé par dénoncer ces actes, puis avait fini par mettre sur le dos des réfugiés cet épisode meurtrier. « Nous avions des présomptions sur l’implication des responsables de l’Administration française, mais on n’avait pas assez de preuve », raconte Bortayrou.En octobre1987, sur ordre du ministre de l’Intérieur Charles Pasqua, une grande rafle contre les réfugiés basques se déroule: 120 appartements perquisitionnés, une centaine d’arrestations, une soixantaine d’expulsions vers l’Espagne, 12 expulsions vers l’Algérie, trois vers le Venezuela. C’est le début des expulsions de militants basques vers l’Espagne; le GAL disparaît. Depuis, aucun responsable de l’Administration française n’a dû répondre de crimes survenus sur leur territoire. Certains responsables espagnols ont été jugés; pas le principal responsable. « On ne peut pas imaginer qu’à ce niveau d’implication tout cela ait pu s’organiser sans que [Felipe Gonzalez] soit au courant », affirme J.Garcia. Il ajoute : « GAL peut se reproduire dans toute démocratie ».

Six caméras, le son triplé de la déflagration, utilisation du ralenti, piano cadencé et notes basses très sourdes, pas un plan sur le visage de la victime: la première explosion d’une voiture piégée signe la position du réalisateur vis-à-vis de la mort qui frappe, à l’oeuvre dans le film GAL… Les dix premières minutes d’introduction contiennent les choix esthétiques retenus par M.Courtois: favoriser le spectaculaire, et se maintenir à distance de l’intime. Dans ce projet, le réalisateur avait à prendre en charge un double impératif: d’une part, retranscrire la véracité des faits; et d’autre part, conférer à cette fiction un aspect spectaculaire compatible avec l’envie d’un film populaire et avec un budget important de 6millions d’euros.

Un train passe au moment de l’arrestation d’un « Galeux »; des vagues s’écrasent contre un muret lors du rendez-vous entre les journalistes et leur source; dans chaque scène, une personne, un objet ou une voiture passe sans arrêt au premier plan du cadre, interférant avec les personnages. Tandis que le c¦ur du récit, c’est-à-dire les confidences, les révélations, les rendez-vous avec des personnes impliquées, est placé géométriquement au second plan du cadre. Une manière de privilégier la séduction de la quête (l’affiche du film revendique une filiation avec Les hommes du Président de Pakula en 1976). Mais aussi le choix de ne pas nous confronter frontalement à l’accusation portée par le film.

Le couple de journalistes timidement attirés l’un vers l’autre et les odieux « Galeux » se vautrant dans la luxure des casinos et des prostituées: la figure de l’ange et du démon est établie. Le film refuse pour autant de poser cette problématique du bien et du mal sur la figure de la victime. Les cibles recherchées par le GAL (l’etarra, le militant basque) restent dans le même hors-champ que d’autres victimes que différencie le réalisateur: « Je parle des victimes innocentes, pas des terroristes basques espagnols qui ont été pris au piège ». Une distinction qui surprend lorsque le message du film se veut une charge contre des pratiques injustifiables.

Si l’analyse de la forme choisie par M.Courtois prête à discussion, le carton qui ouvre le film a, lui, par contre, le mérite de la clarté: « Tandis qu’ils assassinent des centaines de personnes, les etarra sont considérés comme des réfugiés politiques en France ». Une déclaration de principe pour le moins singulière, dont les contours ne seront plus abordés par la suite, terreau politique retenu comme plausible pour les exactions du GAL. A l’évidence, ce film produit par le journal El Mundo privilégie nettement plus un angle d’attaque contre le PSOE impliqué dans cette affaire que la dimension humaine des actes du GAL. Revoir une histoire comparable, Hidden Agenda en 1991, où l’esthétique était reléguée au profit d’une mise en image très réaliste: sans enlever sa liberté de création à Miguel Courtois, toute comparaison avec un Ken Loach serait malvenue…

«Le film a le mérite d’exister»

Il attendait avec impatience la sortie de GAL, le film réalisé par Miguel Courtois. Très médiatisé, le film qui parle de cette époque très violente qui a surtout touché le Pays Basque nord est sortie cette semaine. Jakes Bortayrou, membre de l’association pour la divulgation de l’information sur le GAL Oroit eta Sala, réagit.

Ce film peut-il faire œuvre de mémoire?

Je lui reconnais la vertu d’exister, de permettre vingt ans après de reparler de ces choses. Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire, il suit fidèlement le déroulement des faits. Il pouvait y avoir 10 fils conducteurs, historique, politique, le réalisateur a choisi un angle d’attaque légitime, celui du déroulement de l’enquête journalistique. C’est cette porte d’entrée qui fera que deux policiers espagnols vont être inculpés puis incarcérés. Sept ans plus tard, en 1994, se sentant les dindons de la farce, ils vont se mettre à table, et de fil en aiguille, révéler l’ampleur de l’opération GAL: à quelques éléments près, le film est donc le déroulé objectif des faits. Cette fiction ne trahit globalement pas cette histoire, celle d’un gouvernement socialiste espagnol qui, au c¦ur de l’Europe et des années 80, choisit d’utiliser la guerre sale pour lutter contre une organisation qu’il n’arrive pas à réduire à néant par les moyens policiers et juridiques légaux. Ce n’est ni un docu-fiction ni encore moins un documentaire: il faut accepter une certaine liberté au cinéaste, à la différence d’El Lobo (son film précédent) où il mélangeait les époques et où sa mise en scène posait des problèmes politiques de fond inacceptables. Ce n’est pas un film sur le GAL, c’est un film sur une enquête journalistique sur l’époque du GAL…

Que pensez-vous du parti pris du réalisateur de ne pas traiter le côté français de cette affaire?

Il manque effectivement des aspects de cette affaire: la douleur des proches des victimes, l’implication de policiers français n’est pas évoquée, ni, pour le moins, la passivité du monde politique français… Il y aura eu beaucoup de présomptions mais les preuves n’ont pas pu être trouvées. Même si les mercenaires inculpés ont décrit des schémas de complicité entre les deux polices. Les enjeux de l’Etat français n’étant pas équivalents, cela n’a pas favorisé la mobilisation de médias nationaux majeurs sur le GAL. Même si des médias locaux ont passé un temps très important pour sortir les aspects français de cette affaire… Et beaucoup de procédures contre des responsables de l’autorité française se sont retournées en diffamation, malgré les révélations des principaux protagonistes espagnols en 1994 ou les pistes ouvertes en 2001 par le documentaire de Mc Caig, « Terreur d’état au Pays Basque ». Mais tout cela ne peut pas être traité en trois scènes dans ce film-ci.

Courtois estime que son film est plus polémique de son précédent, sur l’ETA?

A mon avis, ce film ne va plus déranger en France qu’en Espagne, parce qu’il remet en images que ce qui est officiellement connu, et reconnu aujourd’hui, rien de plus… Le film a le mérite de prouver que tout n’est pas complètement oublié, mais le cinéma n’est pas en mesure de résoudre un conflit ou d’apaiser la souffrance vécue. A la limite, ce que je dirais, c’est que la polémique ne peut pas exister car la situation a complètement changé: aujourd’hui, ce qui se faisait par le biais du GAL est devenu la norme. Ça ne choque personne qu’Israël aille tuer un par un les dirigeants du Hamas, ou que les Américains aillent arrêter et torturer des militants islamiques. En vingt ans, on a changé d’époque, pour le pire à ce niveau-là… Une fois que le film sera projeté, et rangé dans un tiroir, que se passera-t-il? On s’est battus bec et ongles pour faire éclater la vérité, certains médias s’y intéressent en ce moment… C’est tant mieux: je n’espérais même plus que cela ressorte un jour…

« Le film ne dépasse pas les faits connus, on ne retrouve pas l’ambiance de suspicion »
Clément Soulé, l’ancien tenancier du Café des Pyrénées, a assisté à l’assassinat d’une personne dans son bar. Daniel Velez était à l’époque photographe à Sud-Ouest. Ces jours-ci, il présente une exposition itinérante qui n’a pas été acceptée au cinéma Rex. Tous deux réagissent à la sortie du cinéma.

Quel est votre ressenti par rapport au film, à chaud ?

C. Clément : J’ai vraiment beaucoup aimé le film, fort et violent dans la lignée de Z de Costa Gavras. On y ressent fortement l’impunité des « galeux ».

D. Velez : C’est un bon film de fiction dans les limites du genre : s’il avait fait un documentaire on aurait par contre été très agacés par l’absence d’implication française dans le récit.

Quels éléments de l’affaire vous ont manqué dans le film ?

C.S.: Je regrette vraiment que l’ambiance du quartier de l’époque n’ait pas été restituée, lorsque nous savions que les attentats se produiraient de cinq heures du soir jusqu’au dernier train à Bayonne pour l’Espagne, à 9 heures et demie.

D.V. : Le film ne dépasse pas les faits connus à l’époque, on ne retrouve pas l’ambiance de suspicion qui caractérisait le quartier.

Qu’apporte finalement le film à cette histoire ?

C.S. : Je suis impressionné par ce devoir de Justice et de démocratie en Espagne, un message qui s’adresse à tous ceux qui encore aujourd’hui ont soif de vérité.

D.V. : Ce fil aura permis la ressortie des photos que j’ai prises à l’époque. Je regrette juste une chose : 80% de la population locale ne connaissait pas les ramifications souterraines de cette histoire ils n’en sauront pas plus aujourd’hui.

Sarean Zer, la nouvelle dans autres sites:
Le Monde – La période noire de Mitterrand
Berria – ‘Dragon Hunters’ film luzeak irabazi du Anima jaialdiko sari nagusia
eitb24 – ZINEMA: ‘Battlestar Galactica’ telesaila zinemara eramango du Tom Cruisek
Le JPB – Le film GAL, un crime d’Etat, émoi, émoi, émoi
Le JPB – Expo sur le GAL

Le film GAL, un crime d’Etat, émoi, émoi, émoi

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Le film de Miguel Courtois, présenté hier et aujourd’hui au Rex de Saint-Jean-de-Luz, va réveiller la conscience collective autour de faits réels dont certaines plaies ne sont pas encore refermées

Hier et aujourd’hui sont présentées les avant-premières du film GAL un crime d’Etat de Miguel Courtois au cinéma Rex de Saint-Jean-de-Luz. Les 3 séances programmées étaient déjà complètes hier alors que la sortie officielle du film se fera le 7 mai.Sans nul doute, le public va s’approprier ce film qui se fera le point de départ de ferventes discussions sur cette part de l’histoire du Pays Basque dont les plaies ne sont pas encore refermées.

Angle mort

Le réalisateur, qui ne souhaitait pas faire un documentaire, a opté pour un angle particulier, celui des rapports entre la Justice, l’Etat, les journalistes et les pressions que ces derniers subissent dans leurs investigations dans les secrets d’Etat. Certaines scènes des attentats perpétrés par le Groupe Antiterroriste de Libération vont rappeler aux spectateurs l’ambiance oppressante de l’époque. De par quelques longueurs, le film retranscrit par ailleurs les zones d’ombre persistantes sur une affaire qui n’est encore pas aujourd’hui élucidée.

Les discussions amorcées seront alors bienvenues dans ce que l’on appelle le « devoir de mémoire », que la société civile basque – et plus si affinités – se doit de conserver comme partie prenante de son histoire.

Loin d’être une vérité générale ou un hommage aux victimes, la production a le mérite d’ouvrir la « voix » et de réveiller les mémoires.

Via les écrans et plus de 20 ans après le début des faits, les vieux démons de la « guerre sale » resurgissent dans le milieu militant encore meurtri par ces durs souvenirs mais aussi des méthodes actuelles de répression.

Miguel Courtois, qui semble faire du problème politique basque un sujet de prédilection, aura matière à traiter le tumulte politico-répressif des Etats dans de prochaines mises en scène.

L’exposition de photos d’époque de Daniel Velez au Bar Battela vient compléter de manière percutante l’actualité des années 80.

Sarean Zer, la nouvelle dans autres sites:
Gara – 2007an inoiz baino urraketa gehiagoren berri jaso duela azaldu du Behatokiak
eitb24 – EKITALDI POLITIKOA: ANVk PNV eta PSOEk « eskuak odolez zikinduta » dituztela adierazi du
eitb24 – DONOSTIA: ‘Etxerik gabekoak’ gero eta gazteagoak dira
Berria – AEBetako tropen buruzagi izendatu dute Petraeus Irak eta Afganistanen
Le JPB – Expo sur le GAL

G.A.L., plongée dans les heures sombres du Pays Basque

France Info – 24 avril 2008

http://www.france-info.com/spip.php?article126200&theme=36&sous_theme=37

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Il plonge dans un épisode sanglant des années 80 : G.A.L., le nouveau film de Miguel Courtois revient sur l’histoire des Groupes antiterroristes de libération, qui exécutèrent des nationalistes basques sur le sol français – à la demande des autorités espagnoles. Avant sa sortie nationale le 7 mai prochain, G.A.L. sera présenté ce soir en avant-première au Pays Basque.

Objectif avoué : « terroriser les terroristes ». Quand le GAL est créé, au début des années 80, les attentats de l’ETA déchirent le Pays Basque. Initialement destinés à contrer cette offensive sanglante, ces Groupes Antiterroristes de Libération finissent par éliminer purement et simplement 27 nationalistes basques, la plupart réfugiés sur le sol français.

Une « guerre sale » qui remontera très haut : d’anciens policiers espagnols écroués révèlent que ces « galeux » étaient payés par Madrid. Plusieurs hauts fonctionnaires, dont le ministre de l’Intérieur espagnol de l’époque, sont condamnés à de lourdes peines de prison. Quant aux services secrets français, ils sont accusés par d’anciens protagonistes d’avoir vendu des renseignements aux membres du GAL.

C’est à cette page sombre de l’histoire française et espagnole que Miguel Courtois a consacré son nouveau film, à travers l’histoire de deux journalistes dont les articles contribuent à faire éclater le scandale.
Un sujet hautement politique et polémique, ce qui n’est finalement pas si courant chez les cinéastes de l’Hexagone – souvent moins enclins que leurs confrères américains à s’inspirer de l’histoire récente de leur pays.

Quatre ans après El Lobo, c’est la seconde fois que le réalisateur franco-espagnol plonge dans les heures sombres du Pays Basque.

Et c’est aux spectateurs de cette région que Miguel Courtois a réservé la primeur de son nouveau long-métrage, qui leur sera présenté ce soir. Deux semaines avant la sortie nationale.

Céline Asselot

DOSSIER GAL

TERREUR D’ETAT(s) AU PAYS BASQUE

Dossier GAL : Terreur d'Etat(s) au Pays Basque dans Culture, Histoire, Ecologie, Société, Economie gal

Le GAL: entre 83 et 87,40 attentats, 27 morts et 30 blessés entre Hendaye et Mauléon, parmi les réfugiés politiques basques et la population du Pays Basque Nord. C’est le groupe le plus meurtrier sur le territoire français depuis la guerre d’Algérie.

SOMMAIRE

fleche dans Liens Solidarité InternationaleHERRIAREN ALDE, ENBATA ET EKAITZA EN PROCES:

CHRONIQUE D’UNE AFFAIRE DE TERRORISME LEGAL

fleche dans Lutte arméeMENDAILLE ET LA BIENVEILLANCE ESPAGNOLE

fleche dans PolitiqueIMPLICATION ACTIVE DE LA POLICE FRANÇAISE

fleche dans Prisonnier(e)s politiques basquesIMPLICATION ACTIVE DE LA POLICE FRANÇAISE

fleche dans TortureGAL ET JUSTICE FRANÇAISE: 3 P’TITS TOURS ET PUIS S’EN VONT…

flecheMORTS SUSPECTES : LE PRIX DU SILENCE

flecheNOTABLES LOCAUX: LES FOSSOYEURS DU PAYS BASQUE

flecheLE CLIMAT, NÉ AUTOUR DE CETTE OFFENSIVE, SERVIRA À ATTAQUER TOUT LE MOUVEMENT ABERTZALE

flecheUNE STRATÉGIE RÉPRESSIVE SANS LENDEMAIN

HERRIAREN ALDE, ENBATA ET EKAITZA EN PROCES: CHRONIQUE D’UNE AFFAIRE DE TERRORISME LEGAL

CHRONOLOGIE

En 1988, suite à une commission rogatoire internationale du juge bayonnais Seys, une procédure est ouverte dans l’Etat espagnol qui conduira à l’emprisonnement et à la condamnation à 108 ans de prison de 2 policiers espagnols, le commissaire Amedo et l’inspecteur Dominguez, pour participation au GAL. Six ans plus tard, en 1994, ils bénéficient d’un régime ouvert puis d’une liberté conditionnelle. Le 16 décembre 1994, menacés une nouvelle inculpation et privés d’une pension prélevée sur les fonds du gouvernement espagnol, ils « se mettent à table » et impliquent leurs supérieurs hiérarchiques. Il s’ensuit une série d’inculpations touchant les sommets de l’Etat jusqu’au ministre de l’Intérieur de l’époque, José Darrionuevo. Le président du gouvernement, Felipe Gonzalez lui-même, est rnis en cause par un ancien leader socialiste. Amedo et Dominguez mettent aussi en cause des policiers français. 1995 Au début de l’année 95, les avocats des familles des victimes du GAL demandent à la Chancellerie française la réouverture des dossiers. Aucune réponse. La demande est réitérée sans plus de succès après la formation du gouvernement Juppé. Une manifestation rassemble 700 personnes à Bayonne le 25 février pour exiger l’éclaircissement des responsabilités françaises dans les attentats du GAL. Une première affiche signée HA est placardée sur les murs avec la question: « Que savent à ce sujet les policiers français, les responsables politiques locaux et les membres du gouvernement de l’époque ? » Une seule instruction a été ouverte récemment par le juge Leloir à Paris, suite à la plainte d’un membre du GAL incarcéré dans l’Etat français. Par ailleurs, un complément d’information à Bayonne) est en cours au sujet de Mendaille, membre du GAL – extradé par l’Espagne et incarcéré à Bayonne en attente de son procès devant la cour d’assises de Pau. Le 11 septembre, le policier Lopez Carrillo, adjoint d’Eigorriaya; gouverneur civil à St Sébastien en 83, évoque dans une interview au quotidien El Mundo la collaboration avec ta police française et ses rapports avec le commissaire Cathala. Ce policier a par ailleurs dénoncé la responsabilité de son supérieur et des membres de la Garde Civile dans l’enlèvement à Bayonne, en octobre 83, de 2 réfugiés qui seront torturés et assassinés. et assassinés. En septembre également, de nombreux articles et reportages sont diffusés dans les médias français (Le Monde, Libération, SO, InfoMatin, Le Canard Enchaîné, France2, Arte, AFP) sur les réponsabilités de la police française dans les attentats du GAL. Beaucoup citent les propos du policier Lopez Carrillo.

- Les hebdomadaires ENBATA et EKAJIZA reprennent les déclarations de L.Carrillo et font la une de leurs journaux avec la photo de Cathala

- Le groupe HERRIAREN ALDE édite sa deuxième affiche: « Cathala ripou » En novembre, les 3 flics, Cathala, passeront on procès le 28/05/96. Hélie et Etcheto portent plainte contre l’affiche d’HA pour diffamation. Cathala, quant à lui, porte plainte également contre Ekaitza et Enbata pour la une de leurs hebdos. Une plainte est également posée contre l’Imprimerie Artisanale et celle du Labourd. Perquisition à l’imprimerie Artisanale et interpellation de Jakes Bortayrou, militant d’HA. Le 7 décembre, citation à comparaître pour diffamation envers les trois flics: le procès est fixé le 22 février 1996 à Baiona. Incidents avec les flics, matraquage en règle, une personne est blessée sérieusement au visage.

1996

En attente du procès du 22 février, diverses actions sont menées:

- une pétition circule demandant l’arrêt des poursuites judiciaires et des éclaircissements sur l’action des flics français dans le GAL – démarche des familles des victimes des GAL auprès de la chancellerie pour la réouverture des dossiers des GAL (pas de réponse). – réunion publique d’information. – déclarations du juge Seys dans l’Humanité Dimanche: « obstruction du parquet de Bayonne doris l’ouverture des dossiers du GAL ».

- HA sort sa troisième affiche: « INCULPEZ NAHON ! » (en citant les déclarations du juge Seys).

- Intervention de Gazteriak à la fac de Baiona où Nahon donne des cours. Affiche de Gazteriak mettant en cause les flics et la justice française.

- le 17 février une manit rassemblant 700 personnes sur le thème « Etat fran çais coupable », parcourt les rues de Baiona. Pour l’occasion, HA a sorti un T.Shirt imprimé de l’affiche délictueuse. La police charge au 1er arrêt de la manif alors que des cercueils étaient posés symboliquement devant le Palais de justice. Dans la soirée 6 personnes seront interpellées et maltraitées dans les locaux du commissariat de Baiona, il y a même eu intervention du SAMU pour l’une d’entre elles. Elles seront inculpées pour « outrage » et « coups et blessures » et passeront on procès le 28/05/96. L’une d’entre elles sera condamnée à 15 jours d’emprisonnement avec sursis et 1500 frs d’amende et les 5 autres à autant d’amende de 1500frs. 19 février: conférence de presse de Ekaitza, Enbata, HA et des avocats 22 février: procès à Baiona.

Etat de siège autour du Tribunal: tous les services administratifs à l’intérieur du Palais de justice ont été fermés pour la journée. L’école voisine est également fermée 2 jours (pour « affaire liée au terrorisme basque »!), des tireurs d’élite sont postés sur les toits environnants, toutes les rues adjacentes sont interdites au public et bloquées par d’importants cordons de CRS. Dans ces conditions très peu de militants pourront assister au procès, d’autant plus que la majorité des places est déjà occupée par des flics en civil. Pour les autres militants commence un après-midi d’attente devant les CRS. Le procès se termine tard dans la soirée; le verdict sera rendu le 27 mars. 5 mars : les 21 députés communistes de l’assemblée nationale demandent que soit créée une Commission d’enquête sur les activités du GAL en France. Fin de non recevoir. 27 mars: le verdict tombe. Les flics avaient demandé 500000frs chacun de dommages et intérêts.

HA est condamne a verser 3x150000frs + les frais annexes. Total: 590 000 frs. ENBATA: 150 000 + frais annexes. Total: 210000 frs.

EKAITZA : relaxé pour vice de procédure.

Les 2 imprimeurs sont relaxés et obtiennent des dommages et intérêts de la part des policiers; le ministère public fait appel. HA et Enbata font appel de cette lourde condamnation. Le procès est fixé à Pau le 26 juin 96. Avril: interview du flic L. Carrillo dans l’Humanité Dimanche réitérant ses accusations sur l’implication de fonctionnaires français dans l’affaire des GAL. 6 juin : le directeur de l’AFP est condamné à verser 25 000 frs d’amende et 50000frs de dommages et intérêts, et le directeur d’InfoMatin à 20000frs d’amende et 30000frs de dommages et intérêts à Cathala. 15juin: à l’appel d’HA une soixantaine de personnes se rassemblent devant la PAF d’Hendaia derrière une banderole « PAF nid de GALeux ». 26 juin: procès d’appel à Pau. HA et Enbata demandent la comparution de Lopez Carrillo comme témoin principal de l’affaire. Report du procès accepté pour non respect du délai de convocation du témoin. Report au 18 septembre. 18 septembre : un pourvoi en cassation a été fait par Enbata et HA , mais, n’ayant pas de réponse à la date du procès d’appel à la demande des avocats, le procès est repoussé au 18 décembre. 3 octobre : procès d’EI Mundo. Verdict le 8 novembre. Lopez Carrillo est présent et confirme ses accusations. 8 novembre: verdict d’El Mundo: le directeur du quotidien et les 3 journalistes auteurs de l’article sur les déclarations de Lopez Carillo sont condamnés à 40000frs d’amende chacun + 160000frs de dommages et intérêts pour Cathala. Total: 320000frs. Ils font appel du jugement. Durant toute cette période, et aujourd’hui encore, Enbata effectue un remarquable travail à travers des dossiers sur le GAL. Ekaitza et Har Hitza y consacreront également de nombreux articles.

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DECEMBRE 96

Le 11: A l’appel d’HA rassemblement devant la Sous-Préfecture de Bayonne. Les militants enchaînés aux grilles sont violemment expulsés. Le 18: Procès en appel, à Pau, d’Eribata et d’HA. Lors de son témoignage, le journaliste S.Garde apporte des copies de documents de la PAF classés « secret-défense » qui lui ont été fournis par A.Lopez Carrillo. Les policiers de la PAF reconnaissent des documents mais n’expliquent pas comment ils ont pu se trouver entre les mains d’un policier espagnol…

JANVIER 97

Le 23: Au nom de Laura Martin (veuve de J.C. Garcia Goena tué en 1987), Me Blanco dépose une plainte devant le procureur de Bayonne. Avec à l’appui de nouveaux éléments une liste manuscrite de réfugiés basques. dont Garcia Goena (avec adresses, immatriculations), futures victimes du GAL, fournie par P.Hassen à A.L.Carrillo. Liste aux mains du juge Ganon et publiée par la presse.

Du 26 au 29. Procès de G.Mendaille devant la cour d’assises de Pau. Divers mercenaires du GAL (Domengue, Lambert, Morganti, Roussey) l’avaient dénoncé comme chef d’un commando du GAL, puis se sont rétractés. On avait trouvé dans leur voiture 5 photos d’identité policières de réfugiés basques. Photos annotés au dos avec ce que les expertises confirmaient être l’écriture de G.Mendaille. Ce dernier affirme travailler pour le compte de la DST dont le contact est un certain Cartier. Malgré le secret-défense notifié au juge d’instruction, l’avocat de Mendaille le retrouve et le fait citer au procès. Il s’agit de Guy Bernaudon qui travaille aux RG, qui nie tout, mais finit par reconnaître qu’à l’époque des faits il travaillait dans un service anti-terroriste… D’autre part le juge C. Seys vient témoigner et réitérer ses propos sur les obstacles rencontrés dans ses instructions de la part du Parquet. G. Mendaille est condamné à 20 ans de réclusion criminelle, mais une fois encore de nombreuses questions restent sans réponse sur l’implication des services français.

FÉVRIER 97

Le 5, Verdicts du procès en appel. Bien que diminuées, les condamnations pour diffamation restent fortes. Pour Enbata: 90000frs dont 50000frs de dommages et intérêts pour Cathala. Pour HA: 235000frs dont 60000Frs chacun pour Cathala, Hélie, et Etcheto. Les abertzale se pourvoient en cassation. Depuis juin 1995 le juge espagnol Balthasar Garzon en est à sa 4ème demande d’audition du témoin P. Fugoli (GALeux impliqué dans les assassinats du Mombar, arrêté puis incarcéré en France) auprès de la Justice française qui lui délivre, à chaque fois, une fin de non-recevoir . Il en est de même à propos de la commission rogatoire internationale concernant l’assassinat de J.C.Garcia Goena.

AVRIL 97

Le 3, Le sieur Etcheto fait ouvrir une procédure au Tribunal de Bayonne afin d’être le premier à passer à la caisse. Il demande 81 000Frs. Le 23. Procès d’appel en diffamation du quotidien El Mundo à Paris (plainte de Cathala). Le policier A.L.Carrillo y est présent et réitère ses accusations contre Cathala MAI 97

Le 9.3, Sancristobal, ex-responsable de la Sécurité d’Etat, déclare devant l’Audiencia Nacional à Madrid qu’en 1983, lors d’un sommet politico policier consacré aux moyens de lutte contre ETA, la rémunération de policiers français avait été évoquée.

Le 13: Lors d’une audience accordée à L.Martin par le sinistre de l’Intérieur espagnol Mayor Oreja, ce dernier lui déclare que A.L.Carrillo est un témoin digne de foi et tout à fait crédible. Par contre A.Lamassoure, alors ministre, refuse de la recevoir.

Le 21. La Cour d’appel de Paris casse, pour vice de forme, la condamnation d’ El Mundo. ETE 97 Le Tribunal de Bayonne donne raison à Etcheto qui obtient d’être le premier bénéficiaire d’une saisie mensuelle de 845 frs sur le salaire de J. Bortayrou, à partir d’octobre.

La « gauche plurielle » arrive au pouvoir à Paris. Le PCF va-t-il, comme le 25 mars 1996, demander la création d’une commission d’enquête parlementaire sur les GAL? AUTOMNE 97 L’Etat espagnol réincarcère le Général Galindo. De plus, l’instruction de l’enlèvement de S.Marey est close; le procès de A.Fouce, J.Dominguez et consort dans cette affaire reste à fixer. Les noms des complices de l’administration française vont-ils sortir à nouveau? Novembre: le CDDHPB réitère sa demande de création de commission d’enquête parlementaire auprès des députés communistes et Verts. Le procès de « l’affaire Lasa Zabala » à Madrid est prévu pour 1998. A suivre…

MENDAILLE ET LA BIENVEILLANCE ESPAGNOLE

La justice française délivre à son encontre en 1986 un mandat d’arrêt international. Installé de longue date dans l’Etat espagnol, il est arrêté en 1989. Malgré une demande d’extradition il est libéré en 1990. En 1991, nouveau mandat et nouvelle demande d’extradition. Ce n’est qu’en 1994 qu’il sera arrêté puis extradé.

CATHALA NÉGOCIATEUR?

Pour sa défense, le sieur Cathala nous affirme qu’il n’a pu être complice du GAL dans la mesure où il avait participé à des « discussions » avec des membres d’ETA. Outre le fait de reconnaître qu’il travaille pour un gouvernement étranger (avec I ‘accord de sa hiérarchie?), nous pouvons rappeler que R.Vera (secrétaire d’Etat à la Sécurité à Madrid) fit en même temps négociateur (à Alger en 89) et organisateur du GAL. Comme Cathala?

IMPLICATION ACTIVE DE LA POLICE FRANÇAISE

De nombreux éléments montrent une implication importante de différents services de police ou tout au moins de plusieurs fonctionnaires français dans les activités du GAL. Les informations restent éparses car elles n’ont encore fait l’objet d’aucune procédure judiciaire dans l’Etat français. On peut distinguer des présomptions globales (lui témoignent de l’implication française et des présomptions plus précises qui concernent des individus ou différents services de police.

LES PRÉSOMPTIONS GLOBALES

1) Le troublant article du Nouvel Observateur du 24 août 1984 intitulé: « Quatre fronts contre ETA », qui détaille les différents aspects de la stratégie madrilène contre l’organisation basque et notamment l’utilisation de la guerre sale.

2) Les réseaux « Coquilles » et « Furet » (articles d’EL Mundo et d’El Pais). Il s’agit de réseaux de policiers ou gendarmes fiançais collaborant directement et officieusement seulement avec la police espagnole.

3) le « GALfrançais » de F.Alvarez, ancien chef du commandement unique (à Bilbao) de la lutte contre-terroriste et inculpé dans le dossier de l’enlèvement de Segundo Marey par le GAL: « En plus du GAL bleu, vert et marron (police, garde civile, armée) il y avait celui des policiers français » (déclaration devant le juge Garzon le 18 juillet 95).

4) Les relations et la collaboration étroites entre Vera, secrétaire d’Etat à la Sécurité (inculpé) et Cathala (article d’ELI Mundo), ainsi que Galindo, colonel de la Garde civile et Boslé chef dc la PJ à Bayonne et plus tard coordinateur de la lutte anti-terroriste.

5) Les déclarations du commissaire espagnol Amedo Fouce: – il a des contacts avec de nombreux policiers français dès 1982, même s’il n’a, pour l’instant, donné que 2 noms de policiers français décédés : Metge et Castets (déclaration devant le juge Garzon). – il dit avoir reçu l’ordre de ses supérieurs « de prendre contact avec les fonctionnaires de la police française aflit que ceux-ci apportent leur concours au groupe naissant » (dossier d’instruction Segundo Marey, bar Batxoki et La Consolation). – cinq ou six policiers français sont venus le voir à Bilbao en juin 82 pour avoir des places pour un match de football. C’est là qu’il a connu Metge (déclaration du 16 décembre 94); – il fréquentait le bureau de Metge à la PAF d’Hendaye – il fait état de plusieurs policiers français qui lui ont été présentés au cours d’une réception de la Légion étrangère à la mi-83 au Château Vieux à Bayonne; il est passé au commissariat de Bayonne et a continué la soirée avec eux (interview à El Mundo du 27 décembre 94).

6) Un membre du CESID (Services secrets de l’armée espagnole), témoin anonyme qui, en septembre 1996, a déposé dans le dossier de l’Audiencia nacional sur l’enlèvement des réfugiés Lasa et Zabala. Il a aussi évoqué l’implication de policiers français offrant une aide logistique aux actions illégales, des gardes civils d’Intxaurrondo, en Pays Basque Nord. Ce témoin, connu sous le nom de code 1964-S, a été enlevé et torturé le 8 novembre 1996, trois jours après sa confrontation avec l’un des flics qu’il accusait. Quelques anecdotes témoignant de la complicité de la police française 8 février 84: le réfugié Angel Gurmindo signale à la police le manège suspect de 2 voitures autour de son domicile. Aucune protection ni surveillance. A 20h il est assassine ainsi que Vicente Perurera également réfugié. 15 juin 84: attentat à la moto piégée contre les réfugiés Perez Revilla et Rarnon Orbe. La police filait les tueurs et les arrêtent en flagiant délit, mais déclare n’avoir pu empêcher l’attentat. Juillet 85: Bernard Foucher, inculpé pour le meurtre de Galdeano, avoue au juge qu’il existe un projet d’assassinat sur la personne du réfugié Otegi. Le juge Schmidt de la Brélie aurait prévenu un de ses amis gendarme mais jamais Otegi n’a été prévenu officiellement. Il est assassiné un mois plus tard.

9 février 86: après l’attentat contre le bar Batxoki à Bayonne, des réfugiés prennent les agresseurs en chasse. Dans leur poursuite, ils rencontrent une patrouille de police… qui les interpelle, faisant ainsi perdre la trace des agresseurs. Enfin il faut rappeler les libérations, pour vice de forme, de plusieurs suspects par le juge Swahn qui déclare à Libération le 11 janvier 85 : »…il y a des gens qui n’aiment pas les communistes, car il ne faut pas oublier que ces basques espagnols vivant chez nous sont communistes. On peut faire partie du GAL pour des raisons idéologiques… il y a peut-âtre 250 personnes dans ce département qui ne demandent qu’une chose: piéger les basques espagnols. On ne va pas tous les mettre en prison, d’autant que la prison de Bayonne déborde ! Soyons honnêtes: si vous voulez supprimer le GAL, il faut d’abord supprimer ETA ». Le policier Lopez Carrillo, au cours d’un débat télévisé en mai 1996, a laissé planer un doute sur le fait que le juge Swahn aurait pu toucher des fonds secrets du gouvernement espagnol. De même, il faut rappeler les déclarations du juge Seys concernant les entraves du Parquet de Bayonne Nahon aux instructions sur le GAL, surtout quand des noms de policiers français sont apparus. Bernard Foucher (condamné pour l’assassinat de Galdeano) avait récemment fait des déclarations dans ce sens contre Bestard (procureur à Pau) et Nahon. Les éléments plus précis concernant différents services de police 1) PAF Cathala, responsable de la PAF et plus tard coordinateur de la lutte anti-terroriste, est accusé par le policier espagnol Lopez Carrillo de lui avoir vendu des informations sur les réfugiés basques en échange de grosses sommes d’argent (1,5 millions de frs).

Le 3 octobre 96 Carillo réitérait ces déclarations devant le tribunal correctionnel de Paris qui jugeait le journal El Mundo pour diffamation contre Cathala. Selon les déclarations de Cathala au cours de cette même audience, Sa hiérarchie, lui faisant confiance, n’a pas ordonné d’enquête sur lui-même. Metge, dont le supérieur direct est Cathala, est partie intégrante du GAL jusqu’à sa mort « accidentelle » en 1985. Il reçoit de très grosses sommes d’argent en échanges d’informations sur les cibles et pour recruter les mercenaires (déclarations d’Amedo). Cathala a déclaré, au cours du procès d’El Mundo, que l’enquête administrative n’avait rien donné. Hassen, lui aussi sous les ordres de Cathala, fournit, en échanges d’argent, des informations à la police espagnole et à la Garde civile (déclaration de Lopez Carrillo à El Mundo du Il septembre 95 et sur plusieuns chaînes de télévisions). L.Carrillo a réitéré ces déclarations devant le juge Garzon qui l’interrogeait dans le dossier Garcia Coena récemment réouvert, de même qu’au procès d’EI Mundo à Paris. Il a remis à la Justice espagnole un document manuscrit qui aurait été écrit par Hassen et comportant une liste de réfugiés avec leurs adresses et numéros de voiture dont notamment celle de Ramon Basanes blessé dans 2 attentats du GAL et celle de Garda Coena tué dans l’explosion de sa voiture en juillet 87 (dernière action du GAL). Il n’y a eu aucune enquête à l’intérieur du service au sujet de Hassen (déclaration du commissaire Cathala au cours du procès déjà cité).

2) PJ Le commissaire Boslé entretenait des relations étroites avec le général Galindo. Son nom a été cité par Amedo dans un reportage.

3) RG Les déclarations de l’inspecteur J. Marc Dufourg (son livre « Section manipulation ») attestent que les dossiers concernant les réfugiés basques étaient remis par les RG à la police espagnole qui les transmettaient aux tueurs du GAL. De nombreuses photos remises par les réfugiés à la sous-préfecture de Bayonne (en vue de l’obtention de récépissés) ont été retrouvées en possession de membres du GAL et notamment Sanchez (articles du Canard Enchaîné du 26 mars et 27 juin 84).

4) Gendarmerie, Armée Dans l’attentat contre le bar La Consolation à St Jean de Luz, il est fait référence a la collaboration d’un gendarme français (dossier d’instruction de Garzon vingt cinquièmement).

Le journal El Mundo (17 septembre 96) a révélé une opération montée par le CESID en 88 pour droguer et kidnapper Josu Urrutikoetxea en Pays Basque Nord (opération Mengele*) A cette occasion des armes ont été passées à la frontière avec la complicité d’un « gendarme ami ». *Deta SDF de Madrid, enlevés par le CESID, ont servi de cobayes pour cette opération. Bilan: un mort, l’autre handicapé à vie. Par ailleurs, Amedo signale un de ses contacts comme étant le chef du recrutement de la Légion étrangère à Bayonne: Gérard Manzanal Pan. C’est par son intermédiaire qu’il a connu plusieurs ex-membres de la Légion comme Sanchez ou Echalier qui participeront à des attentats.

5) DST Ce service apparaît dans les déclarations de Mendaille, incarcéré à Rayonne et en attente de jugement pour sa complicité dans le GAL. Il dit avoir agit comme agent infiltré dans le GAL pour le compte de la DST. Le secret défense a été opposé aux demandes de la juge bayonnaise Legras pour connaître l’identité de son correspondant à la DST.

6) Sûreté, Police urbaine Le policier Castets (décédé en 93) était un des contacts d’Amedo. Son supérieur était le commissaire Hélie, en poste à Rayonne. Y a-t-il eu une enquête interne au moment où son nom est apparu mêlé aux affaires du GAL? Le commissaire Gali et l’inspecteur Buis, en poste à Biarritz en 83, étaient au courant des projets de l’équipe GALeuse de Talbi et Sanchez. Talbi avait été arrêté à Biarriti 2 jours avant l’enlèvement de Segundo Marey (déclarations de Talbi à son procès et article de l’Humanité du 22 février 95). Gali a averti par ailleurs le commissaire Berlan, chef des polices urbaines à Rayonne. Dans le dossier d’instruction du juge Garzon (septièmement), il est fait état de la participation d’un policier de Biarriti et d’un policier retraité d’Hendaye à l’enlèvement de Segundo Marey. Dans le même dossier (23, 24 et 25èmement), il apparaît qu’un policier français désigné comme « Jean Louis » a un rôle déterminant dans les attentats contre le bar Batxoki à Rayonne et le bar La consolation à Saint Jean de Luz. Il guide les tueurs, prépare leur retraite, recherche et désigne les cibles et fournit les armes. C’est aussi un certain « Jean Louis » qui guide les tueurs du Moabar (4 réfugiés assassinés) en septembre 1985.

GAL ET JUSTICE FRANÇAISE: 3 P’TITS TOURS ET PUIS S’EN VONT…

Alors même que le GAL sévissait en Euskal Herda, quelques exemples de procès démontrent à quel point la justice française tenait (déjà à l’époque) à faire la lumière sur les affaires GALeuses : quelques petits mafieux (derniers maillons de la chaîne) incarcérés, mais dans tous les cas, les gros bonnets, les instigateurs n’ont jamais été inquiétés et au vu des derniers procès peuvent dormir sur leurs deux oreilles. OCTOBRE 1983 Deux jours après la disparition de Joxi et Joxean, 4 policiers espagnols étaient interpellés à Hendaye alors qu’ils tentaient d’enlever le réfugié basque Larretxea. Moins de 2 mois après ils étaient libérés sur intervention du préfet de police de Bilbo, qui assurait la justice française de leur présence le moment venu. Ce qu’ils ne firent bien entendu jamais. Déjà un exemple bien de chez nous de la collaboration franco-espagnole.

DECEMBRE 1983

Segundo Marey est enlevé par le GAL. Une heure après le rapt, P Sanchez est arrêté à la frontière. « A son domicile la police découvre des armes, le n°de téléphone du chef de la police de Bilbo et 43 fiches de renseignements sur les réfugiés résidant en France. Plusieurs de ces documents proviennent des renseignements généraux français ou encore de la sous-préfecture de Bayonne ». (Antenne2, 10-04-86. Reportage de l’émission Magazine) Segundo Marey fût libéré au bout de 10 jours; il y avait eu erreur du GAL sur la personne. P.Sanchez sera mis en liberté par le juge Swahn en juin 84. En août 84, Mohamed Talbi est arrêté en Savoie il avait été vu avec Sanchez quelques jours avant la séquestration. Ses déclarations au juge Cousteau entraînent en août son incarcération ainsi que celle de Sanchis et à nouveau de Sanchez. En août 85 Sanchez ressort de prison pour raison de santé et décède un mois plus tard d’un soi-disant cancer (voir encadré).

AVRIL 1984

Mohamed Khiar, Bernard Roger, Yves Peijnter, Robert Maldonado, Mohamed et Yamina Mekaoufi, Daniel Schroeder ainsi que 2 parisiens ont été arrêtés et libérés rapidement. La chambre d’Accusation de Pau présidée par le juge Swahn (membre de la très à droite Association Professionnelle des Magistrats) déclara en effet nulle la procédure les concernants. Leurs noms avaient été trouvés lors d’une perquisition au domicile de Chérid membre du GAL mort dans l’explosion de la bombe qu’il était en train de poser sous une voiture.

NOVEMBRE 1984

Yan Brouchos est relâché, la chambre d’accusation de Pau n’ayant pas statué dans les délais impartis sur une demande de mise en liberté. Brouchos, ex-para, ancien du SAC, avait été incarcéré le 13 septembre 84 pour l’incendie de la coopérative Denek. Prévenu libre il fût condamné à 5 ans de prison ferme le 2 octobre 86. Nicolas Maurice, ancien fleuriste de Cambo, membre de l’UDIT (Union de Défense des Intérêts Touristiques), informateur du GAL fournira entre autre les plans de la champignonière d’Armendaritz à un certain Bounin (un des réfugiés y travaillant trouvera une bombe sous sa voiture). Maurice était sur écoute téléphonique. Lors de son procès le président fera entendre une conversation entre N.Maurice et un certain Goiti: Maurice : »Philippe a été arrêté. Toute l’équipe a été arrêtée, je préfère rester en sommeil, j’ai pas envie d’atterrir en cabane… » Goiti  » Il a été averti, il avait l’occasion de partir, il est resté. Il a fait le con. Ils sont allés le voir en lui disant qu’ils allaient faire l’enquête le lendemain, et il est pas parti ! » M: il était couvert? G: Oui. On le sait parfaitement (que vous n’êtes pas repéré) parce qu’on a des contacts à l’intérieur… assez haut M : J’abandonne pas, je reste à couvert G: Mais puis que je vous dis qu’on a des contacts avec la police française ! (…) A la stupeur génèrale, même celle de N.Maurice qui vient d’écouter ses propres aveux, il ressort libre du tribunal. Ainsi que Bounin. Encore le juge Swahn.

JUIN 1985

R.Sanchis, membre du Front National, correspondant de Minute, est relâché sans explications par la chambre d’accusation de Pau. MARS 1988 « Le fait de connaître des personnes du GAL et même de partager des idées d’extrême droite ne constituent pas une charge suflisante » explique la direction de la police d’Andorre où furent entendus et relâchés Dominique et Marie-ChantaI Thomas, 2 paloises « réfugiées » en Andorre, recrutées à Pau par Christian Hittier et liées à 2 attentats en mars 85. Hittier est connu pour ses idées d’extrême-droite. Il avait milité dans l’OAS et s’était réfugié en Espagne à la fln de la guerre d’Algérie. A son retour d »exil » en 77 il ouvrait à Pau un magasin d’antiquités. Passionné d’armes, il s’intéressait à tout ce qui touchait le 3ème Reich en général et le néofascisme en particulier. Dans une cache du GAL à Urrugne, avait été découverte une photo de Christian Hittier et Patrick Bourdeau, tenancier de l’Hollywood Bar situé à deux pas du palais de justice à Pau… HITTIER et LABADE. Ces 2 GALeux avaient une passion commune collectionner des livres et objets de l’époque d’Hitler. Ils vivaient tous deux en Andorre. Labade est une des pièces maîtresse du GAL sur la côte basque. Il y est l’intermédiaire privilégié des commanditaires espagnols à qui il rend compte de sa mission il va aux ordres, recrute, recueille des renseignements, organise les attentats, héberge les commandos (chose d’autant plus aisée qu’il est agent immobilier et donc dispose de logements vacants). Arrêté le lendemain de l’attentat à la moto piégée à Biarritz (15/06/84), Labade est incarcéré en meme temps que P.de Carvhalho, R. Sampietro (auteurs de l’attentat) et de Bounin (dans son appartement sera retrouvé le n°de voiture d’un réfugié assassiné le 23 mars 84). Remis en liberté « sous contrôle judiciaire » le 28 novembre 84 par, encore et toujours, le juge Swahn, Labade « contacta Amedo qui le cacha et, Andorre. Au bout de quelques mois, celui-ci lui dit d’aller au Portugal et d’y contacter Mano Correa da Cunha, membre des services d’espionnage, bien connu d’Amedo », confesse un ex-GAL au magazine espagnol Interviu (16/03/88).

MORTS SUSPECTES : LE PRIX DU SILENCE

Pedro Sanchez: ce mercenaire, ex-membre de l’OAS, sort de la prison de Gradignan en août 85 pour raison de santé. Il décède officiellement un mois plus tard d’un cancer. Cette version est fortement contestée par le journal Diario 16 (24/11/87): Sanchez, menaçant de tout révéler si on ne le sortait pas de prison, serait mort des suites de l’administration d’oestrogènes par un médecin et un gardien de prison soudoyés par le GAL ) Gradignan. Marie Jeanine Pueyo: mercenaire, elle aurait participé à l’attentat d’un groupe parapolicier antérieur et similaire au GAL (BVE Bataillon Vasco Espanol). Elle est tuée en novembre 1984 suite à un règlement de comptes (d’après la police française). Mohamed Khiar: mercenaire, membre du BVE et du GAL Il est mort, abattu par Ia police françttîse en tentant de s’enfuir du fourgon de police… (version officielle). Liliane Satin: mercenaire, impliquée dans l’attentat d’Etxabe (réfugié). Elle est décédée à sa sortie de prison, on ne sait ni quand, no comment… Paul Raguet: mercenaire, collaborateur de l’OAS et du GAL. Il est retrouvé mort en été 1984 à Ténérife. Guy Metge: policier français faisant partie intégrante du GAL, subordonné de Cathala, il est offciellement mort d’un accident de voiture

NOTABLES LOCAUX: LES FOSSOYEURS DU PAYS BASQUE

Si l’implication des Etats français et espagnol dans l’organisation du GAL est connue, nous ne pouvons oublier celle de la classe politique d’Euskal Herria. Après les attentats du GAL, les réactions de Poubu, Destrade, Inchauspé et autres… (qui se déclarent contre toutes les violences) nous montrent bien la violence qu’ils condamnent et celle qu’ils soutiennent. Du RPR au PC, tous les notables, dans une sacro-sainte unité ont oeuvré contre le mouvement basque, tout comme ils le font aujourd’hui. La plupart des élus ont soutenu et protégé les actions du GAL. Au lieu de condamner les actions du GAL, ils dénoncent les manifestations et actions de protestation, transformant les victimes en coupables. Les réactions des dignitaires et notables étaient significatives. En décembre 1984, après l’assassinat de Kattu, Jézéquel, sous-préfet de Balona, ne condamne pas l’attentat et accuse les réfugiés: « une minorité qui s’abrite derrière le paravent d’une communauté pacifique pour mener ses activités subversives ». Après ces déclarations arrestations et déportations vers Panama commenceront. Toujours en décembre 1984 le Conseil municipal de Balona envoie une lettre au ministère de l’Intérieur condamnant les protestations qui avaient eu lieu suite aux attentats et demandant plus de flics. Dans la même logique, après l’assassinat de Xabier Perez de Arenaza le Conseil Municipal de Miarritze envoyait une lettre semblable au ministre Deferre. La majorité des élus de l’époque étaient d’accord pour demander que la répression contre la communauté des réfugiés s’intensifie. C’est aussi en décembre 1984 que naîtra une polémique significative entre Destrade et Bernard Marie (maire de Miarritze, père d’Alliot Marie): personne ne cherchait les moyens de protéger la communauté des réfugiés contre les assassins, mais ils se renvoyaient l’un l’autre la responsabilité d’un trop grand laxisme envers les réfugiés. Parfois ils sont allés plus loin en justifiant des attentats. Exemple en janvier 984, l’Assemblée des maires du Labourd envoyait une motion ahurissante à Deferre comprenant les attentats du GAL et défendant la thèse de la ven geance. (voir plus loin) Le changement de position de Destrade (porte-parole du PS) est significatif: après le 1er attentat du GAL il menace le gouvernement et la police, disant qu’il arrêterait les négociations pour l’entrée de l’Espagne dans la CEE. Quelques attentats plus tard, son discours changera et il se soumettra aux propos du sous-prèfèt Jezequel et de l’Etat « socialiste ». Il ne dira plus rien sur les origines du GAL. On ne peut pas nier que l’offensive de Paris et Madrid a été acceptée et soutenue par les élus locaux, mais ils ne s’arrêteront pas là.

LE CLIMAT, NÉ AUTOUR DE CETTE OFFENSIVE, SERVIRA À ATTAQUER TOUT LE MOUVEMENT ABERTZALE

Les élus continuent de dénoncer les actions de protestations et demandent leur interdiction « Je mets en garde contre les manifestations à Bayotitie. Le RPR ne va pas tolérer longtemps cet état de choses ». (Leclerc d’Orléac, adjoint à Baiona, après les extraditions de 1984). Ils se mobilisent pour l’unité nationale française ils organisent des manifestations de peu d’ampleur mais chargées de symbolisme les notables dans la rue derrière le drapeau français. Ils mettent systématiquement le GAL, ETA et IK dans le même sac. Pour prendre un exemple « La ville de Biarritz vient d’être le théâtre d’actes de violence d’une extrême gravité (vodure piégée, assassinat en plein jour). Depuis plusieurs mois notre région vit au ryth me de la violence. Qui aujourd’hui ne s’interroge pas sur l’origine et la cible et du prochain attentat le GAL ? Iparretarrak ? Où ? Quand ? Comment ? » (motion du conseil municipal de Miarritze). Ils s’opposent aux revendications des basques afin de marginaliser le mouvement abertzale, en bloquant le dossier de Seaska par ex mais aussi à travers les déclarations de Destrade (député PS) à propos des associations Herritarki et Hitza Hitz: « Je comprends mal leurs véritables motivations. Sortir cette région de l’ornière et parfois de certains aspects obscurantistes, cela m’avait paru un objectif que nous pouvions partager… Ils se polarisent autour de la situation des ressortissants basques espagnols demandant l’asile. Des objectifs indépendantistes ou séparatistes seraient-ils les seuls qui les animent ? ». Ils justifient l’assassinat de sympathisants du mouvenient abertiale. Déclaration de M.Poubu, maire de Ziburu, au micro de Radio Bayonne, après l’assassinat de Christian Olazkoaga: « On ne soupçonnait pas leur militantisme, ils ont été trop loin dans leurs engagements ». Tout était bon pour éloigner les gens du mouvement abertiale. Ils ren daient responsables les abertzale des répercussions négatives sur le tourisme qu’avaient les attentats. UDIT (Union de Défense des Intérêts Touristiques) est né à ce moment-là, impulsé par des notables et des commerçants. Bernard Marie condamnera violemment l’attentat d’IK contre un syndicat d’initiative. A propos du GAL, pas un mot bien sûr. Il fut également question d’organi ser une milice. Lhonost, maire de Garazi déclare en août 1984, dans une émission de France Inter, à la question de la concrétisation d’une milice: « Quelques personnes du village sont venues, en demandant I’anonymat, pour se mettre à la disposition éventuelle de la mairie pour mener des actions ». Enfin il faut rappeler quelques évènements obscurs survenus à cette époque: attentat contre Xabier Manterola, celui contre Casteits, incendies dans des coopératives jamais reven diqués. Qui? Pourquoi? Aujourd’hui, 10 ans plus tard, même si quelques-uns de nos notables ont changé de discours, même si on ne peut pas prouver leurs implications, leurs déclarations de l’époque parlent d’elle-mêmes.

Motion des maires du Lubourd, votée à l’unanimité (Sud Ouest du 16-01-84)

« Les attentats commis dernièrement au Pays Basque ont été l’occasion de violences qui ont éprouvé plusieurs de nos communes. Des éléments incontrôlés, armés de barres de fer, de frondes, de cocktails molotov, ont saccagé plusieuns magasins, endommagé des bâtiments publics et brûlé divers biens privés. Aussi longtemps que le Pays Basque français servira impunément d’asile aux auteurs d’exactions commises en territoire espagnol, on ne peut sincèrement croire qu’il restera à l’abri des représailles que tenteront d’y exercer les ressortissants espagnols, proches ou amis des victimes. Une telle situation fait des membres de la communauté espagnole vivant en France, autant d’otages de l’organisation terroriste qui s’y trouve implantée, et fitit vivre désormais dans l’angoisse, la méfiance et la suspicion, des personnes auxquelles l’ancienneté de leur séjour, leur travail et leur réserve avaient mérité de pouvoir vivre en paix dans notre région. C’est donc pour sauvegarder la population basque espa gnole et pour protéger la paix civile sur le sol national que l’association des maires du Labourd demande très instamment à monsieur le ministre d’Etat, monsieur le ministre de l’intérieur de conduire jusqu’à leur terme les opérations de prévention dont il a pris l’initiative ».

Déclaration d’Inchauspé (député RPR), 20-02-84

« Le mouvement Iparretarrak s’est démasqué la nuit dernière et a démontré que ses prétendues intentions recherchant le bien du peuple basque ne sont que des prétextes. Il prouve aujourd’hui qu’il est à la solde du terrorisme international qui ne vise qu’à déstabiliser le monde occidental encore libre. Il profite du libéra lisme des régîmes démocçatiques qui ne peuvent transformer leurs nations en camp retranché comme les pays de l’Est ».

Sylvano Marian, secrétaire fédéral du PC (suite à un appel de soutien aux réfugiés publié dans Le Monde). SO, le 24-01-84

« C’est une offensive politique visant à accréditer la thèse qu’il n’y aurait pas de Pays Basque français niais un Pays Basque « Nord » et un Pays Basque « Sud » à unifier. Cette ingérence politique contre la nation française sera énergiquement repoussée par les habitants du Pays Basque français qui ont témoigné dans leur histoire un attachement profond et irréversible à la Nation Française ».

Paroles de Bernard Marte, maire RPR de Biarritz (sept 83) père de l’autre

« Le mince prétexte de touristification ne saurait donc cacher la volonté de déstabili ser l’ordre ekistant en créant, au moyen d’actes terroristes, un climat d’insécurité. Il ne faut pas oublier que pour ceux qui commettent des actes terroristes, le fait basque n’est qu’un prétexte et que, dans des pays fort éloignés, ces mêmes actes sont commis d’une manière semblable par des hommes ou des femmes au nom d’une même idéologie sous des prétextes totale ment différents. Il faut que tout le monde se persuade que seule une idéologie internationalement révolutionnaire anime les auteurs des attentats terroristes même si certains, intellectuellement fragiles, se laissent prendre aux fallacieux prétextes évoqués. Il faut exiger des pouvoirs publics, de la police et de la justice, qu’aucune indulgence particulière ne soit accordée, sous prétextes idéologiques, à des homme qui, en définitive, ne sont que des criminels animés par la seule volonté de déstabiliser d’abord l’unité nationale, ensuite une société que rejette leur idéologie. »

UNE STRATÉGIE RÉPRESSIVE SANS LENDEMAIN

La décision de créer le GAL, comme les différents groupes para-militaires et para-policiers qui l’on précédé, a été prise du plus haut niveau de ‘l’Etat espagnol et a benéficié de la collaboration active des sphères dirigeantes françaises. Il s’est agi de liquider sur place des militants et de semer la terreur, de retourner la population contre les réfugiés et d’affaiblir le mouvement indépendantiste basque, avec l’illusion d’en finir avec lui. Le GAL a été une façon pour l’Etat espagnol d’engager plus profondément l’Etat français dans la répression et dans la collaboration contre le mouvement abertzale. Invitation à laquelle l’Etat français s’est empressé de répondre. Et, ironie, en prétendant voler au secours d’une « jeune démocratie », qui plus est socialiste ! A l’heure de l’Europe des Etats, ceux-ci veulent montrer qu’ils ne sont nullement prêts à laisser de la place aux peuples opprimés qui luttent pour le droit d’exister en tant que peuple et pour construire une société différente. Le GAL révèle d’une manière atrocement limpide et directe jusqu’où les Etats (déjà surarmés et disposant de tous les recours légaux pour réprimer et éliminer), sont prêts à aller pour s’opposer à la volonté d’émancipation d’un peuple. Ceci en mobilisant leurs appareils politique, policier, judiciaire et médiatique. Plus de dix ans après les premiers assassinats commis par le CAL, ces mêmes appareils étatiques respectent tous la même consigne tout faire pour taire la vérité et cacher les responsabilités, pire, protéger les criminels, opposer le silence aux victimes qui osent demander des comptes, condamner de façon exemplaire et dissuasive ceux qui ont l’audace de révéler la vérité. Sans doute parce que ces mêmes Etats se réservent la possibilité d’utiliser à nouveau, quanc ils le jugeront bon, des commandos de le mort pour mener leur offensive contre le mouvement indépendantiste. Leur prétention est pourtant vaine. Malgré les coups portés par le GAL qui continuent à avoir des conséquences humaines dramatiques, malgré l’éventail des moyens déployés par les Etats français et espagnol, la stratégie répressive pour tenter d’écraser le mouvement abertzale reste un échec.

Sources: Abil Egin Enbata Revue éditée par Laguntza Herriaren Alde – « Les implications de l’Etat français » – décembre 1996


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