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Lorsqu’une motion de censure devient question d’État (II)

3 05 2008

Independentzia eta Sozialismorantz
EUSKAL HERRIA PAS À PAS
ASKAPENA Information Nº218

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LORSQU’UNE MOTION DE CENSURE DEVIENT QUESTION D’ÉTAT (II)

Comme nous l’évoquions dans le numéro précédent de Pas à Pas, le PNB, pour plaire au PSOE, s’est publiquement rétracté de ses déclarations faites 30 heures auparavant. Mais quand le patron se trouve en position de force et constate que le valet est soumis, il hausse la barre des exigences. Nous reprenons dans ce numéro la chronique d’un renoncement honteux de la part d’un parti basque.

Le 3 avril, le PSOE a rendu public sa complaisance vis-à-vis du nouveau discours du PNB mais les mots n’étaient pas suffisants : on réclamait des faits et il fallait que le laquais passe à l’action. Le 4 avril, des hauts responsables du PSOE se réunissent de nouveau avec le porte-parole parlementaire du PNB pour exiger des engagements. Le représentant du PNV sollicite une pause, le temps de mettre au point un plan qui devrait contenter pleinement ses maîtres. Le même jour, par un nouveau geste de soumission, le maire de Bilbao se plie aux contraintes centralistes et hisse le drapeau espagnol sur la façade de l’Hôtel de ville pour l’y laisser. L’Euskal Herria reçoit une nouvelle humiliation imposée par le PNB.

Le 5 avril, des voix qualifiées du PNB annoncent publiquement qu’ils vont respecter les engagements pris vis-à-vis de l’Espagne et qu’ils sont en train de mettre en place les mécanismes nécessaires à l’exécution des exigences du PSOE. Et, dans une tentative de justifier l’injustifiable, le président du PNB précise le même jour qu’ils « n’agissent pas sous la pression du PSOE ». Dans le même sens, les groupes basques présents au conseil municipal de Zizurkil (la candidature de la gauche indépendantiste ayant été proscrite) ont repris à leur compte une motion présentée par le Parti Populaire pour changer le nom de deux places de la commune à la mémoire de deux enfants du pays, combattants assassinés (les indignités semblent ne pas devoir prendre fin). Le même jour, dans un geste de dignité, des centaines de personnes répondent à l’appel de la gauche basque et se mobilisent à Bilbao pour dénoncer l’imposition du drapeau espagnol et la soumission du PNB face au pouvoir central. Dans la nuit, deux sièges du parti socialiste font l’objet de sabotages.

Le 6 avril, le PSE revient à l’assaut du PNB. Face à ce dernier qui réclamait un peu de respect à son égard, le PSE lui rappelle que le parti basque a laissé des devoirs non faits à Arrasate. Le 7 avril, une nouvelle manifestation se déroule à Bilbao, pour réclamer la priorité du drapeau basque face à l’imposition du drapeau espagnol. Le même jour, la direction du PNB lance les motions de censure contre les mairies tenues par la gauche basque « pour raisons éthiques ». Des partis tels qu’EA critiquent les errances du PNB mais, dans le fond, sont soulagés par la brèche ouverte leur permettant de sortir de l’impasse (ils s’alignent sur le PNB) ; le PSOE, comme on pouvait s’y attendre, est soulagé et relâche la pression. La stratégie de proscription du PSOE, avec la complicité des partis basques, est activée lorsque la Cour Suprême espagnole rouvre le dossier visant à déclarer illégales deux formations de la gauche basque : le PCTV et l’ANB. En plein festival de politisation de la justice, le Tribunal Constitutionnel espagnol refuse d’admettre le recours présenté contre la remise en liberté d’Arnaldo Otegi, dirigeant de Batasuna.

Le 10 avril, le PNB et le PSOE signent conjointement un texte et le font enregistrer à la Mairie d’Arrasate. Bien qu’il ait été décidé qu’un projet de texte serait présenté aux formations devant le voter, ce ne fut pas le cas ; et on présente un texte rédigé sans possibilité de rien y changer. Le texte réclame que la gauche accepte un engagement éthique et n’emploie que des procédés exclusivement démocratiques, à défaut, une motion de censure sera présentée dans les mairies qu’elle détient. Les autres formations se sentent reléguées, la déclaration du président du PNB, qui assure que le refus initial de la motion était dû à un « accès de colère » du représentant de son parti, cause un malaise. La vérité est tout autre, et il semble que certains secteurs du PNB ne voient pas d’un bon oeil le servilisme dont fait preuve la direction du parti envers le parti socialiste. Un profond malaise s’est installé dans le parti. La gauche quant à elle voit dans cette opération un retour au Pacte d’Ajuria Enea de 1988, visant à liquider la gauche basque et qui, dix années de guerre plus tard, a rejoint les oubliettes. Dans un communiqué, Batasuna affirme qu’une solution existe, une solution démocratique de surcroît, comme en Irlande. Parallèlement, la gauche basque annonce des initiatives pour contrer de nouveaux pactes basés sur les vieilles recettes.

Le 11 avril, les partis présents au conseil municipal d’Arrasate assistent à une réunion au siège du Parlement basque, afin de coordonner leurs efforts pour que la motion de censure présentée par le PNB et par le PSOE soit votée. Ils se mettent d’accord pour s’en remettre au PSOE quant à la recherche des voix nécessaires au succès de la motion.

Le 14 avril, l’offensive PSOE-PNB contre la gauche franchit une nouvelle étape. Le même texte est déposé à la mairie d’Elorrio, autre commune au conseil municipal de gauche. C’est là que la mairie avait organisé une consultation de la population pour connaître son opinion à propos du macro-projet du TGV. Le Parti Populaire, au mépris de l’accord passé avec les autres partis participant à la croisade, commence à présenter des motions de son côté sous prétexte que celle du PSOE-PNB est trop conciliante. Le dirigeant du PNB qui avait d’abord rejeté le texte de la motion rejoint les rangs de son parti pour donner une image unitaire, il relativise les voix discordantes qui se font entendre à la base et renouvelle son appui inconditionnel à la stratégie décidée par la direction du parti (même les dirigeants qui semblent quelque peu indépendants sont sensibles aux vents dominants). Le même jour, la gauche basque dénonce publiquement ce qu’elle nomme un processus parallèle de proscription : d’une part, la 61e chambre de la Cour Suprême espagnole poursuit la procédure d’interdiction des partis de gauche en application de la Loi des Partis, antidémocratique s’il en est, et, de l’autre, les autres partis (dont beaucoup se disent contraires à cette loi d’exception) suivent les juges, dans la pratique, en utilisant les mêmes procédés.

Le même jour, se déroule un nouveau chapitre de la croisade « éthique » contre la gauche basque. La mairie de Zizurkil est actuellement entre les mains d’une mairesse antidémocratique du PNB (la liste de la gauche basque a engrangé la majorité des suffrages aux élections de 2007 mais a été déclarée illégale). Le conseil municipal a donc décidé de changer le nom de deux places de la commune baptisées en mémoire à deux militants de l’ETA morts victimes du terrorisme de l’État. Joxe Arregi est mort des suites des tortures infligées en 1981 par une police espagnole « néo démocratique ». L’autre, Joxe Luis Geresta, a été retrouvé « suicidé » dans des circonstances douteuses, le 20 mars 1999, en pleine trêve de l’ETA. Le conseil municipal en séance plénière s’est réuni à huit clos et sous une forte protection policière. La gauche basque, depuis la rue, a exprimé son indignation et son désaccord avec une telle décision.

Euskal Herria, 24 avril 2008.

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