NOUVEAU PROCES DE MILITANTS BASQUES

27 03 2011

DEVANT LA COUR D’ASSISES SPECIALE DE PARIS

Les prisonniers basques Peio Eskizabel Urtuzaga de Lasarte et Manu Ugartemendia Isasa de Orereta sont jugés depuis le 17 mars dernier devant la Cour d’Assises spéciale de Paris.  Tous deux sont prisonniers depuis le 28 avril 2005, cela fait 6 ans qu’ils attendent leur procès.

Voici  la déclaration lue par les deux militants lors de l’ouverture de leur procès.

Monsieur le Président, Mesdames et Messieurs

 Le peuple basque est un petit peuple, très ancien et très digne, qui vit depuis des siècles des deux côtés de la rivière Bidasoa et de la chaîne des Pyrénées. Il a été connu comme Etat sous différents noms, Vasconia, Royaume de Navarre… avant même la création des Etats d’Espagne et de France. Il a su, malgré de multiples essais d’assimilation par des forces étrangères, garder son identité culturelle autour de sa langue nationale, l’euskara.

 Mais malheureusement, au niveau politique, l’Etat basque, nommé Royaume de Navarre, a disparu en 1522 sous le feu des envahisseurs castillans. A partir de ce moment, la France et l’Espagne, créant une frontière artificielle, se sont partagé notre pays. Et ils veulent nous forcer à devenir soit espagnols, soit français.

 Et nous, tout simplement, car nous ne sommes ni espagnols, ni français, nous voulons rester basques et vivre dans un Etat basque indépendant, dans une Europe en liberté.

 

Etant épris de liberté, notre engagement dans le combat politique pour la liberté de notre pays était un devoir incontournable. Nous revendiquons haut et fort notre militantisme au sein de l’organisation indépendantiste basque ETA et mesdames et messieurs de ce tribunal, sachez-le, nous en sommes fiers.

 Nous avons été amenés devant ce tribunal depuis les prisons de Fresnes et de la Santé après 6 ans d’incarcération. Et aujourd’hui, ce tribunal de la Cour d’Assises de Paris voudrait, en nous jugeant, juger le combat que le peuple basque mène depuis des siècles pour sa libération.

 Ce tribunal de la Cour d’Assises de Paris est le représentant de l’Etat français, un Etat qui il y a longtemps, a envahi et conquis à sang et à feu une partie de notre patrie, les provinces de Lapurdi, Baxe-Nafarroa et Xiberua. Depuis, il développe un processus de colonisation et d’assimilation forcée pour que les signes d’identité du peuple basque disparaissent et que ces trois provinces deviennent « françaises ».

 Depuis des siècles, les Basques ont eu leurs propres institutions politiques qui étaient la base de leur manière à eux de se gouverner. Et malgré le manque d’un Etat politique, ces institutions étaient respectées par les Etats espagnols et français. Par rapport à ce dernier, cela dura jusqu’à 1789. Avec la Révolution Française, l’Etat français commença à construire une République centralisée jacobine et chauvine sur les terres corses, occitanes, bretonnes, catalanes… et basques.

 Pour y parvenir, il a utilisé la force et la répression. Voilà quelques exemples:

  • Les habitants des villages basques d’Azkaine, d’Itsasu, de Sara et des alentours ont été déportés dans les Landes. Leur délit? Vouloir maintenir les institutions ancestrales basques pour se gouverner eux-mêmes. Au même moment, les noms des villages ont été francisés.
  • À l’époque, Barère de Vieuzac avait proposé au comité de Salut Public de faire disparaître toutes les autres langues car pour lui « le fédéralisme et la superstition parlent bas-breton; l’émigration et la haine de la République parlent allemand, la contre-révolution parle italien et le fatalisme parle basque ».

 Ainsi, la langue basque, la plus ancienne d’Europe, a été méprisée et mise à l’écart de la vie publique. L’école républicaine instaurée plus tard par Jules Ferry a essayé de franciser les consciences des enfants basques, à travers des brimades et humiliations à l’égard de ceux qui osaient dire ne serait-ce qu’un mot en basque. A l’entrée des écoles, a été posée une affiche qui disait: « parlez propre, parlez français ».

 Et aujourd’hui encore, la France refuse de signer la Charte Européenne des langues minorisées, et nie toute possibilité d’officialisation de la langue basque.

 La demande de reconnaissance de la territorialité basque, c’est-à-dire d’un département pour les trois provinces basques, faite par les frères Garat, députés à l’Assemblée de Paris en 1792 n’a pas été entendue. Et aujourd’hui, malgré les promesses de Mitterrand en 1981 ou celles d’autres politiciens, cette demande continue d’être méprisée. A l’heure de la nouvelle réforme administrative qui va faire disparaître les départements, une nouvelle structure appelée Pays va naître, mais la demande de la majorité de la société basque en faveur d’une institution propre et différente pour le Pays Basque nord va à nouveau être méprisée.

 Les réfugiés basques qui, à partir de 1936, ont fui la guerre et la terreur du dictateur fasciste Franco ont été incarcérés en camps de concentration et traités comme des bêtes. Quelques années plus tard, ces mêmes Basques ont lutté aux côtés des français contre le nazisme afin de libérer le Pays Basque nord et la France de l’occupation nazie.

 Mais malheureusement, les nouvelles autorités françaises ont oublié la solidarité des Basques et bientôt, à partir de 1970, elles ont commencé à collaborer avec les autorités espagnoles dans la répression à l’encontre des Basques qui ont continué à lutter pour la liberté: la liberté de leur pays, cette fois.

 Durant ces 40 dernières années, les arrestations, les incarcérations, les déportations, les expulsions et les extraditions de militants basques vers l’Espagne (aujourd’hui sous la formule du mandat d’arrêt européen) ont été et sont à l’ordre du jour.

 Mais pas seulement cela, le groupe parapolicier GAL, formé et commandité par les autorités politiques espagnoles (avec le président Felipe Gonzalez en tête) en 1983, a eu l’appui des policiers français et la connivence des autorités politiques françaises pour mener à bien ses attentats qui ont fait 27 morts en Pays Basque nord.

 En outre, quelques militants basques ont été séquestrés et retrouvés morts, comme Joxi et Joxean, ou sont toujours portés disparus comme Pertur, Popo Larre et Naparra. Le dernier cas est celui du militant basque Jon Anza séquestré le 18 avril 2009 à Bayonne et dont le corps a été retrouvé le 17 mars 2010 à Toulouse.

 De nos jours, l’Etat français collabore avec l’Etat espagnol dans la pratique de la torture, car il nie l’existence de la torture en Espagne et prend en considération les mandats d’arrêt et d’extradition basés sur des déclarations soutirées sous la torture.

 Ces dernières années, l’Etat français est en train de développer sa propre stratégie répressive à l’encontre de tout symbole de l’identité basque, des associations sociales et culturelles, de la jeunesse, de la gauche patriote basque dans son ensemble. A la fin des années 2010, il a fait un pas de plus dans la voie répressive en acceptant le mandat d’arrêt européen demandé par l’Espagne contre la militante du parti politique Batasuna Aurore Martin, à qui on reproche d’avoir participé en tant que porte-parole à des conférences de presse.

 Il faut souligner qu’Aurore Martin a la nationalité française et que le délit reproché concerne tout simplement son activité de porte-parole d’un parti politique.

 Vous voyez, Mesdames et Messieurs de ce tribunal, cela a été l’attitude la République française envers le peuple basque. Au nom de « Liberté, Egalité, Fraternité », elle n’a rien fait d’autre que d’essayer de nous faire disparaître en tant que Basques pour que nous devenions tout simplement « français ».

 Le peuple basque a tout ça en mémoire et ne l’oubliera jamais.

 Par conséquent, vous, membres de ce tribunal, en tant que représentants de l’Etat qui opprime notre patrie, vous êtes partie prenante dans le conflit politique qui met face à face Euskal Herria avec la France et l’Espagne. Donc, c’est un procès politique, et vous n’avez aucune légitimité pour nous juger et à travers nous, juger le combat du peuple basque pour sa liberté, pour sa reconnaissance comme nation souveraine et son droit à l’autodétermination, c’est-à-dire « le droit d’un peuple à se gouverner lui-même », énoncé le 10 décembre 1948 par l’ONU dans la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et confirmé en 1966 à Helsinki dans le Traité International des Droits Civils et Politiques.

 De nos jours, en français, on utilise la phrase « de France et de Navarre », vestige de l’existence passée de deux royaumes différents. Il vaudrait mieux donner tout son sens à cette phrase rhétorique et, en toute logique, reconnaître le Pays Basque en tant que nation souveraine et respecter son identité et son droit à une existence en liberté.

 Compte-tenu de tout cela, nous ne vous donnerons aucune explication sur notre engagement militant au sein d’ETA. Nous sommes des prisonniers politiques et nous demandons la reconnaissance du Statut de Prisonnier Politique et le rapatriement au Pays Basque.

 Seule une autorité judiciaire issue d’un pouvoir librement constitué en Pays Basque serait à même de nous juger.

 Par contre, si vous le voulez, nous sommes disposés à vous expliquer les raisons politiques de notre combat pour la liberté, pour l’indépendance de notre nation.

 Pour finir, nous voulons rendre hommage à tous les citoyens basques qui sont tombé dans le long chemin qui nous mènera à la liberté.

 Gora Euskal Herria Askatua!

Gora Euskal Herria Sozialista!

 


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