ETA prend la parole, les partis réagissent

21 07 2011

Le 7 juillet dernier ETA a transmis un communiqué qui a été publié par deux journaux dont GARA. 

Le bi-mensuel Ekaitza dans son dernier numéro, en reprend les idées essentielles, ainsi que les principales réactions publiques.  

Ce communiqué d’ETA, dont nous avons retenu toutes les idées essentielles,  a suscité de nombreuses réactions. En voici les plus importantes, issues de tous les milieux politiques intéressés par la situation au Pays Basque.   

La coalition Bildu (composée d’Eusko Alkartasuna, Alternatiba et Ezker Abertzalea) a accueilli très positivement ce communiqué d’ETA. Bildu considère que ce communiqué « confirme la possibilité ouverte en Euskal Herri de cheminer vers la paix ». Elle appelle tous les acteurs impliqués dans une démarche de résolution du conflit que connaît le Pays Basque à agir pour « une paix définitive et une normalisation politique susceptible d’apporter une vraie démocratie au pays ». Elle réaffirme son souhait d’une « paix juste, dans laquelle tous les droits, aussi bien individuels que collectifs, soient reconnus, et les droits civils et politiques respectés et garantis ». Elle ajoute qu’elle travaille pour un « droit d’autodétermination » ouvrant la porte à « l’obtention, si c’est ce que décident les citoyens basques de manière pacifique et démocratique, de tous les projets politiques, y compris l’indépendance ». 

EA considère que l’acteur principal du changement politique, c’est la société basque, et plus concrètement l’ensemble «indépendantiste et souverainiste progressiste qui a fait le pari de l’accumulation des forces abertzale, beaucoup plus ample que la gauche abertzale historique, et acteur essentiel du succès électoral de Bildu». Alternatiba a également réservé le meilleur accueil au communiqué d’ETA, rappelant que lorsqu’ ETA a annoncé son cessez-le-feu il y a six mois, Alternatiba a montré son désir qu’il s’agisse là « du début de la fin ». 

Le Lehendakari Patxi Lopez s’est montré pour le moins circonspect ; il a déclaré, à propos du communiqué, ne pas savoir «ce qu’attend la gauche abertzale pour exiger, avec le reste des démocrates, la disparition d’ETA». Son conseiller à l’Intérieur, encore plus réticent, n’a trouvé dans ce communiqué « aucune nouveauté digne d’être mentionnée », ajoutant que la seule déclaration attendue de l’organisation armée est «celle dans laquelle elle annoncera qu’elle arrête définitivement toutes les activités terroristes». 

Le président du PNV, Iñigo Urkullu, quant à lui, a sommé la gauche abertzale de mettre en demeure l’organisation ETA «de cesser définitivement son activité  armée; il a évoqué «les tentations qui existent chez les dirigeants du PP d’illégaliser aussi Bildu, et pas seulement Sortu». 

Les réactions de partis d’extrême droite (ou de droite, tel le PP) espagnols reflètent leur désarroi après le succès de Bildu aux élections du 22 mai dernier ; ils déclarent tous, en effet, que le communiqué d’ETA apporte la preuve du fait que Bildu, c’est la même chose qu’ETA, et que, par conséquent, l’illégalisation de Bildu et de ses élus doit être prononcée dans les plus brefs délais.

Voilà qui démontre une fois de plus, s’il en était besoin, que le vrai problème de l’Espagne, ce n’est pas ETA et sa lutte armée, mais l’indépendantisme de gauche et la présence dans les institutions des abertzale socialistes… 

Communiqué d’ETA du 7 juillet 2011

etamuralhachaserpientenouvelobs.jpg  L’organisation armée basque socialiste révolutionnaire de libération nationale a remis un nouveau communiqué daté du 7 juillet 2011 aux journaux basques Gara et Berria qui l’ont publié le mercredi 13 juillet. ETA fait part de ses réflexions  «sur le moment très important que notre pays est en train de vivre» actuellement

«Les développements de ces derniers mois et particulièrement les résultats des élections qui ont eu lieu en Araba, Bizkaia, Gipuzkoa et Nafarroa Garaia [Alava, Biscaye, Guipuzcoa et Haute-Navarre – Ndlr] ont planté une borne dans la nouvelle période qui s’ouvre, en montrant qu’il y a place pour l’espérance dans les défis du futur au Pays Basque». 

La situation politique actuelle «ne peut pas s’expliquer sans prendre en compte le combat exemplaire que notre pays a mené antérieurement, durant de longues années». Ce combat s’est fondé sur deux éléments : «La résistance face à l’oppression et la construction nationale.»

 ETA a vu le jour alors que le Pays Basque était en danger de mort. Le combat «pour répondre à la répression et pour défendre fermement Euskal Herria» a conduit à la mise en place du «projet indépendantiste et socialiste», et à un rassemblement des forces autour de ce projet. Depuis lors, «la gauche abertzale s’est impliquée dans un combat destiné à ne prendre fin qu’avec la liberté d’Euskal Herria» en évitant tous les pièges tendus par l’Espagne et par la France «pour prendre Euskal Herria dans leur toile d’araignée».   

« Au moment de la réforme politique post-franquiste, la gauche abertzale avait préconisé une rupture démocratique, afin d’adopter une stratégie commune à toutes les forces abertzale pour la reconnaissance des droits d’Euskal Herria. » Malheureusement, ce fut un échec, les uns trouvant suffisante une autonomie au sein de l’État espagnol, les autres se contentant de faire des affaires dans ce cadre.

C’est ainsi que la gauche abertzale a pris en charge «la responsabilité du combat contre la négation et le démembrement d’Euskal Herria et pour la défense de ses droits, malgré une répression très dure».

Elle a aussi revendiqué la reconnaissance de son territoire ainsi que son droit à l’autodétermination, et fait des propositions «pour rendre possible une solution par le dialogue et la négociation» au conflit que connaît le Pays Basque. Elle a longtemps combattu seule, et malgré les «nombreuses tentatives de marginalisation de l’indépendantisme», ne s’est jamais coupée du peuple, car c’est avec lui qu’elle a travaillé.  

«Nous avons opposé à l’oppression une résistance rigoureuse, mais notre combat ne s’est pas réduit à la résistance. Nous avons œuvré avec de nombreux autres citoyens à l’édification des piliers qui font de nous un pays, tels que la promotion de l’euskara, le développement culturel, la mise en place d’un système éducatif propre.»

S’ajoute à cela l’élaboration d’un projet national sur le plan institutionnel. Les conséquences de ce combat sont les suivantes : Euskal Herria est encore en vie, malgré la stratégie d’assimilation infligée par la France et l’Espagne ; la société basque est majoritairement favorable à une résolution démocratique du conflit ; enfin, «aujourd’hui, face aux projets impliquant une dépendance par rapport à l’Espagne et à la France, c’est l’indépendance qui apparaît l’unique alternative». 

Dans la réflexion à laquelle s’est livrée la gauche abertzale durant ces deux dernières années, «l’autocritique a pris une place importante, comme cela se produit dans n’importe quel mouvement révolutionnaire, car notre parcours n’a pas été exempt de tout défaut».

Mais la situation à laquelle nous sommes arrivés aujourd’hui résulte de longues années de combat mêlant résistance à l’oppression et construction nationale, d’où nos acquis politiques : «C’est cela qui nous a ouvert la possibilité d’avancer dans le processus de libération et qui nous sert de boussole dans l’orientation que nous sommes en train de prendre. » Disons enfin que le chemin accompli l’a été non pas grâce à une minorité de citoyens éclairés, mais grâce à un engagement collectif généreux que nombre de nos concitoyens ont payé de leur vie. 

«La réflexion de la gauche abertzale n’est pas restée purement théorique», car elle a débouché aussi sur une initiative destinée à créer un nouveau climat, avec les propositions qui ont été faites ces derniers mois, les mobilisations qui ont été suscitées ainsi que les alliances qui ont été conclues. 

«L’objectif prioritaire des gouvernants de l’Espagne et de la France a été la destruction de l’indépendantisme de gauche. Année après année, ils ont multiplié les tentatives en tout genre. Mais la gauche abertzale n’a pas plié» malgré arrestations, tortures et incarcérations.  

«Il y a peu, les partisans du blocage annonçaient l’échec de la gauche abertzale», car ils misaient sur son découragement et, la voyant faire des pas en direction de leur prétendu système démocratique, comptaient «la faire entrer dans la bergerie une fois pour toutes à coups de trique». Ils ont également rusé pour diviser la gauche abertzale, mais la détermination de celle-ci  à s’en tenir à son pari lui a donné du crédit dans la population, qui lui a manifesté ensuite sa large adhésion.  «Nous avons commencé à fêler la stratégie du blocage» du processus de libération mise en place par les États.

Ils voulaient marginaliser la gauche abertzale et empêcher un regroupement des forces en faveur d’un Euskal Herri. De plus, «ayant fermé toute possibilité de résolution démocratique du conflit», ils voulaient défigurer celui-ci, transformant « un conflit opposant Euskal Herria à la France et à l’Espagne» en une simple confrontation entre les États et la gauche abertzale. 

Ces derniers temps, les forces souverainistes ont «réveillé l’espoir» en offrant l’option de «l’accumulation des forces». Grâce également aux offres faites par ETA, «la possibilité et l’urgence de la solution du conflit politique» se sont imposées avec force tant en Euskal Herri que sur le plan international. La feuille de route adoptée dans l’Accord de Gernika est devenue une référence indéniable. «La population basque a de plus en plus de mal à comprendre la position des États», leur raidissement dans «l’obstruction et la répression» : «Il faut souligner à cet égard les mobilisations qui se sont produites contre les arrestations, les tortures, les mandats d’arrêt européens ou les procès ainsi qu’en faveur de la défense des droits des prisonniers politiques basques.» 

L’illégalisation d’organisations de la gauche abertzale et les attaques contre le mouvement populaire ont mis en évidence «la stratégie répressive des États», concrétisée particulièrement dans la «Loi des partis» qui a pour but d’«exclure la gauche abertzale des élections et de la laisser sans représentation institutionnelle». «Les dernières élections se sont déroulées, une nouvelle fois, dans des conditions antidémocratiques», avec le parti de la gauche abertzale Sortu déclaré illégal et des dizaines de milliers de citoyens qui n’ont pu se porter candidats ; voilà pourquoi à court terme, l’objectif prioritaire en Euskal Herri est «le rétablissement des droits civils et politiques». 

Toutefois, on peut dire qu’«Euskal Herria a gagné la bataille politique et idéologique de l’illégalisation. Qu’Euskal Herria a neutralisé les objectifs de cette stratégie-là». Les résultats obtenus par Bildu aux dernières élections ouvrent une ère nouvelle pour notre pays. «La société basque croit de plus en plus en la survenue de changements profonds», elle dispose désormais de plus de moyens pour la construction nationale et la défense des travailleurs. «En Euskal Herri, le changement politique à accomplir va nécessairement de pair avec le changement social, comme la crise économique actuelle le démontre.» L’Espagne et la France ont pris ces derniers mois des mesures importantes, «développant des politiques au service du capitalisme et des banques», alors que dans le même temps, le quotidien des citoyens se dégrade avec l’augmentation du chômage, la précarité, la détérioration des services publics… Le syndicalisme basque en est le reflet, qui est en train de construire la perspective d’un modèle alternatif. 

Nécessité de la construction nationale 

«Jusqu’à présent, nous avons mis en évidence les résultats obtenus par Euskal Herria au cours d’un combat mené durant des années, ainsi que les pas que nous avons accomplis durant ces derniers mois. Cela n’a pas été négligeable. Toutefois, cela ne peut pas faire oublier qu’Euskal Herria, à l’heure qu’il est, est toujours un pays opprimé. Bien que nous ayons dit tout à l’heure que nous avons maintenu Euskal Herria en vie, le risque d’une mort lente demeure, cernés que nous sommes entre les agressions de deux États puissants».

Aussi, à l’avenir, outre qu’il nous faudra continuer à faire face aux agressions, nous qui croyons en Euskal Herri, nous aurons à avancer vers la structuration d’un Euskal Herri sur le plan politique, social, culturel et économique. C’est de l’accumulation de secteurs de plus en plus larges de la population et de l’activation de moyens de pression de plus en plus efficaces que viendront la fin de la répression et de la négation et la reconnaissance du droit à l’autodétermination. 

«La construction de la paix est une tâche collective», elle doit s’effectuer dans le respect de la volonté du peuple et dans la justice.  Enfin, ETA, estimant tout à fait possible la création, en Euskal Herri, d’un espace de paix et de liberté, veut redire qu’elle est prête à aller plus loin dans cette voie. Aussi lançons-nous à tous les acteurs un appel à s’engager pour une résolution du conflit et à ouvrir collectivement des espaces de dialogue en vue d’une négociation.

Aux citoyens basques et particulièrement aux femmes et aux hommes de la gauche abertzale, ETA lance un appel à travailler dur. Nous avons un grand défi à relever, nous allons y arriver.» 

«Vive le Pays Basque libre ! Vive le Pays Basque socialiste ! En avant jusqu’à l’obtention de l’indépendance !»          


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