Nouveau procès de militants basques à Paris

2 09 2011

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 Le Journal du Pays Basque  -  02/09/2011

Le parquet a requis jeudi six ans de prison ferme à l’encontre de Jon Iurrebaso, un membre d’ETA jugé à Paris qui aurait participé aux négociations secrètes entre l’organisation séparatiste basque et le gouvernement espagnol entre 2005 et 2007. Six ans ont également été requis contre Kepa Mirena Suarez Ugarte qui accompagnait J. Iurrebaso au moment de son arrestation en mars 2007 près de Périgueux. Enfin, la procureure a demandé une peine cinq ans de prison pour Aitor Elizaran, arrêté en octobre 2009 à Carnac (Morbihan) et des peines de quatre ans Igor Suberbiola Zumalde et Jon Salaberria (ancien élu de Batasuna) interpellés à Bordeaux en mai 2008, et Iratxe Sorzabal Diaz. Cette dernière, en fuite, est jugée par défaut.

La présence d’un “négociateur” et de plusieurs membres présumés de la direction politique d’ETA, dont un ancien élu indépendantiste, a conféré à ce procès un tour très politique.

Jon Salaberria, qui fut élu au parlement de la Communauté autonome basque, s’était exprimé mercredi estimant que la solution au problème basque devait être “politique et par le biais du dialogue mais pas répressive”.

I. Suberbiola a quant à lui estimé que “bien que le gouvernement s’enferre dans des dynamiques répressives, il est en train de perdre la bataille politique puisque de plus en plus de secteurs sociaux font le pari de l’indépendance”.

Ce procès a aussi été l’occasion de mettre en lumière certains aspects du processus de négociations ayant eu lieu en 2005-2007 entre ETA et le gouvernement espagnol. Ainsi, à l’ouverture du procès ont été dévoilés les noms des diplomates suisses et norvégiens qui figuraient sur des cartes de visites en possession de J. Iurrebaso lors de son arrestation.

Celui-ci, qui comparaît libre pour raisons de santé, a réitéré son appartenance au groupe de négociateur d’ETA et confirmé que les numéros de policiers qu’il portait sur lui lors de son arrestation étaient l’équivalent d’un laisser-passer.

Au nom de tous les inculpés, Jon Iurrebaso a fait la déclaration que nous reproduisons intégralement ci-dessous : 

Tous ceux qui ont entendu parler de la question basque ont malheureusement tendance à la réduire à son seul rapport  avec l’Espagne, comme s’il s’agissait d’une question interne à l’Espagne et qu’en conséquence tout ce que la France entreprendrait contre ceux qui luttent pour la libération d’Euskal Herria ne serait qu’une simple collaboration avec l’Espagne.  Rien n’est plus loin de la vérité et de la réalité. La France nie et refuse l’existence même d’Euskal Herria et conduit la langue basque, sa réalité culturelle, économique et politique à une mort certaine. Donc, il est évident qu’Euskal Herria a un problème majeur : Deux grands Etats, l’espagnol et le français, veulent le faire disparaître et continuer à se le partager.  On  ne va pas faire ici le bilan historique de la répression  des gouvernements de la république, tant de droite que de gauche. Il suffit de signaler qu’aujourd’hui nous  subissons une situation comparable, entre le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero et celui de Nicolas Sarkozy.

 La preuve :  la disparition et l’assassinat du citoyen et camarade basque Jon Anza Ortuñez, la remise aux autorités espagnoles de nombreux militants basques de Euskal Herria sud, la tentative d’arrestation pour la remise aux autorités espagnoles de la militante basque de Euskal Herria Nord Aurore Martin ou la grave situation que les prisonniers politiques basques subissent : dispersion carcérale, isolement et passages à tabac.    Ceci étant dit, il ne faut pas oublier la relation directe de ce procès avec le dernier processus de négociation qui a été mené durant la  période 2005 à 2007 entre l’organisation socialiste révolutionnaire basque de libération nationale ETA et le gouvernement espagnol. 

Cette table de négociation s’est constituée avec l’aval, la participation et les bons offices de deux états européens, avec la participation d’agents internationaux engagés dans la résolution de conflits politiques.    Elle s’est également constituée avec la volonté suposée de négociation du gouvernement espagnol ainsi que la volonté suposée du gouvernement français pour les sujets qui le concernaient. Pour ce qui est de la volonté de ETA  elle a été   affichée mille et une fois dans des circonstances négatives extêmement complexes  et extrêmes,  surtout du fait de l’attitude négative et irresponsable du gouvernement espagnol.               

A cette table de négociation, au cours de ce processus de négociation, des accords très importants ont été pris entre ETA et le gouvernement espagnol. Il serait ici trop long d’en faire une présentation exhaustive. Je me limiterai à un bref exposé, pour vous montrer l’ état d’esprit  et la volonté de chacune des parties.    L’objectif du Processus de Négociation a été de développer une dynamique de dialogue et de négociation qui devait conduire à la résolution intégrale  du conflit politique entre Euskal Herria sud et l’Etat espagnol et qui pourrait être le prélude d’un autre processus entre Euskal Herria et l’Etat français. Tout cela dans le dialogue et la négociation. Le point de départ devait être le cessez le feu permanent que ETA a rendu effectif dans les temps et les modalités déterminées par les accords.

A cette table de négociation les accords ont déterminé aussi un certain nombre de garanties dont l’arrêt des interpellations politiques, l’immunité pour la délégation de ETA, la liberté des activités politiques de la gauche abertzale, etc…    L’aspect politique le plus significatif des accords était la déclaration que le président du gouvernement espagnol, José Luis Rodríguez Zapatero devait faire, basée essentiellement sur deux points: la reconnaissance d’Euskal Herria et le droit qui revient à la société basque de décider de son avenir avec le respect du gouvernement espagnol pour cette résolution sans appel. 

Le président du gouvernement espagnol a effectivement fait une déclaration mais elle ne respectait pas l’accord et elle imposait la Constitution espagnole qui nie les droits nationaux et fondamentaux du peuple basque. Droits qui, pour  tous les peuples sont reconnus par l’Organisation des Nations Unies.    Pourquoi le processus de négociation de 2005-2007 à t’il échoué? Pour une raison aussi bien terrible et simple qu’indécente et indigne. Parce que les pouvoirs de l’état espagnol, le gouvernement espagnol, n’ont pas eu la volonté de reconnaitre  Euskal Herria, le peuple qui a la plus ancienne langue d’Europe. Ils n’ont pas eu cette volonté et nous pouvons le constater avec les violations constantes de la part du gouvernement espagnol des accords pris librement entre les deux parties. Le gouvernement espagnol a rompu dés le départ le processus de négociation qui aurait pu nous conduire à la résolution du conflit en Euskal Herria Sud. 

L’un des acteurs de premier plan dans cette situation de sabotage a été l’état français. La preuve c’est ce procès. L’Etat français ne peut justifier ses agissements par la seule collaboration avec l’Etat espagnol puisque Euskal Herria se situe géographiquement et comme réalité socio politique et culturelle des deux côtés des Pyrénées. La France est tout aussi responsable que l’Espagne dans la répression et la négation des droits d’ Euskal Herria.  Aujourd’hui, en 2011, avec la même volonté de parvenir à la résolution du conflit politique par le dialogue et la négociation, nous connaissons une nouvelle situation sur le long chemin pris par Euskal Herria pour son émancipation. Nous voulons  que cette autre situation permette de faire des avancées quantitatives et qualitatives en vue de la résolution du conflit politique. 

Nous pourrions effectivement être aux portes d’un nouveau cycle. C’est ce que l’ensemble du Mouvement de Libération Nationale Basque souhaite. C’est dans ce but que l’ensemble du Mouvement de Libération Nationale Basque fait des propositions, des efforts immenses et des pas qualitatifs importants qui malheureusement n’ont  pas de réciprocité de la part des deux Etats. A ce jour, la réponse des deux Etats est la répression.  Nous espérons que personne ne comprenne la résolution du conflit politique comme la fin de ETA. Le problème n’est pas ETA. ETA est une des conséquences de la négation d’Euskal Herria. Nous ne nous lasserons pas de dire que la question basque est bien antérieure à la création des Etats modernes.  En d’autres termes, le peuple basque n’a pas survécu jusqu’à nos jours, il n’est pas arrivé jusqu’au 21ème siècle depuis l’époque pré indo européenne, pour se voir fermer la fenêtre de son avenir. Comme le disent de remarquables hommes d’etat, politologues, sociologues, femmes et hommes d’horizons et d’idéologies diverses et même des amis qui ne partagent pas notre cause,  faire semblant de régler le conflit basque serait une erreur irréparable,  car la question basque est une question politique et une affaire de droits. 

Nous lançons un appel, en particulier aux états impliqués, à ceux qui détiennent le pouvoir, aux médias, aux partis politiques de ne pas répéter les erreurs du passé. Soyons intelligents. Soyons sensés. Soyons courageux.   C’est pour cela qu’une fois de plus, nous exigeons les conditions qui permettent d’entamer et de construire un processus démocratique. Ce processus devra garantir que toutes les opinions politiques puissent se développer, l’opinion indépendantiste comprise et ce jusqu’à la fondation de l’Etat basque, il en va de soi.  Seules des conditions vraiment démocratiques, la reconnaissance de la Nation basque et de son droit à décider de son avenir sans ingérence permettront la mise en marche d’un processus qui  aboutisse à une solution juste et définitive.


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