Paris / 10 juin / Conférence sur les disparitions politiques

29042017

Appel à la Conférence sur les disparitions politiques
10 juin 2017 à 14 heures
Bourse du Travail
3 rue du Château d’Eau Paris 10ème

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La disparition est une forme spéciale de violence de l’Etat contre le Peuple. Une des choses les plus cruelles pour les familles de disparu-e-s est de ne pas savoir où sont leurs êtres chers, s’ils sont encore en vie ou morts. La disparition est un terrorisme d’Etat. En général, les victimes sont torturées et assassinées. Leurs cadavres sont le plus souvent cachés ou détruits.

Sur tous les continents les aspirations à une vie libre et humaine, les luttes de résistance de celles et ceux qui survivent à l’oppression, à l’exploitation, à la misère, sont réprimées par des Etats totalitaires ou prétendument démocratiques.

Par les disparitions, lors de gardes à vue ou d’enlèvements, les états non seulement font en sorte d’éradiquer toute résistance, mais encore de terroriser les proches des militant-e-s et la société tout entière.

Il faut que cessent ces gardes à vues, ces enlèvements, ces disparitions forcées, ces violences et cette répression.

Cette Conférence va accueillir des proches de disparu-e-s, des militant-e-s des droits humains attachés à la démocratie et à la liberté en provenance des différents continents.

Le sort des disparu-e-s doit être mis en lumière par tous ceux qui, vivant encore, veulent que la réalité enfin apparaisse au grand jour. Pour que ces vies ne soient pas perdues en vain, il faut dénoncer et combattre ces crimes commis par les Etats contre les Peuples.

Premiers signataires : ICAD FRANCE (Comité international contre les disparitions forcées et la torture), SKB, ACTIT, HDK, CSPB (Comité de solidarité avec le Peuple Basque – Paris), ROC/ML, Collectif solidarité pour la lutte de Pérou, une proche de disparu de Colombie, les révolutionnaires de Chili et d’Argentine.




Déclarations de six militantes-ts basques jugées-és à Paris

26112015

Les prisonnières-ers politiques basques Iosu Urbieta, Xabi Goienetxea, Joseba Fernandez, Izaskun Lesaka, Mikel Karrera et Arkaitz Agirregabiria comparaissent devant la Cour d’assises spéciale de Paris pour leur appartenance à ETA et la mort d’un gendarme français en 2010.

Ils et elle ont tenu, à plusieurs reprises, à faire des déclarations afin de préciser leur lecture de la situation actuelle du Pays basque. Nous en reproduisons certaines ici :

LECTURE DE LA SITUATION POLITIQUE

La lutte pour la libération du Pays Basque vient de loin, elle est bien plus ancienne que la création de l’ETA et elle ne prendra fin que lorsque le but, sa libération, sera atteint.

Il est nécessaire de nous situer dans le contexte des faits pour saisir le sens et les enjeux de l’action que l’ETA comptait mener le 16 mars 2010. Pour cela nous allons analyser chronologiquement la période qui va de fin 2009 au début 2011.

La gauche abertzale était à l’époque traversée par les réflexions et les débats politiques qui allaient quelques années plus tard aboutir à un changement de stratégie. Dans le communiqué par lequel l’ETA répondit à la déclaration de Altsasu elle déclarait clairement: “la gauche abertzale s’est exprimée et l’ETA fait bloc avec elle”. Cette déclaration d’Altsasu mettait en avant un profond changement de stratégie. L’ETA arrêta provisoirement ses actions. Elle ne rendit pas l’arrêt publique mais fit part de sa décision aux gouvernements français et espagnol.

L’arrêt des actions armées supposait pour l’ETA un changement aussi dans son fonctionnement. Tout cela dans une contexte très difficile, sous une vague répressive exacerbée des forces armées espagnoles et françaises. C’est dans cette période de changement, dans le but de préparer les conditions pour la nouvelle phase que s’inscrit l’action d’approvisionnement en véhicules du 16 mars.

Le 3 mars, des personnalités reconnues internationalement font une déclaration qu’on connaitra comme la déclaration de Bruxelles.

Dans un communiqué du 10 mars l’ETA se dit prête à faire les changements politiques nécessaires.

Le 11 mars on apprend que le corps de Jon Anza est apparu à l’hôpital Purpan de Toulouse, en Occitanie. L’État français avait décidé de mettre fin à la disparition et rétention du corps de notre camarade.

Le 16 mars, action d’approvisionnement de véhicules. L’incursion de la police française fait échouer l’action. Le bilan est lourd, un camarade arrêté et un policier mort. Mais le bilan aurait pu être plus grave vu que les policiers ont tiré sur les militants avec l’intention de les atteindre.

24 juillet, lors de l’hommage rendu à Jon Anza, trois personnes encagoulées lurent un communiqué de l’ETA. Dans ce communiqué l’ETA montra sa disposition à chercher à dépasser le conflit par des voies démocratiques.

5 septembre l’ETA fait publique sa décision de cessez-le-feu de début d’année.

25 septembre 2010 signature de l’Accord de Gernika. Les signataires prennent le compromis de mener le combat politique par des voies politiques et démocratiques.

8 janvier 2011, l’ETA répond par un communiqué aux compromis adoptés à Bruxelles et Gernika en montrant son accord et déclare la mise en place d’un cesse-le-feu permanent et vérifiable.

Février 2011 un groupe d’experts internationaux mettent en place une commission de vérification du cesse-le-feu.

Il est clair que le rôle de l’ETA pendant tous ces mois fût clé et décisif pour faire avancer la situation. Son premier objectif a été de récréer les conditions nécessaires pour ouvrir la possibilité aux événements politiques postérieurs. Ce qui a suivi n’est que la confirmation de ses décisions.

25 septembre 2011 le Collectif des prisonniers politiques basques signe l’accord de Gernika.

17 octobre 2011, Conférence d’Aiete.

20 octobre l’ETA en accord avec les résolutions de la conférence d’Aiete fait connaître sa décision d’arrêter définitivement la lutte armée. L’Organisation met en œuvre les changements nécessaires  pour dissoudre les structures destinées à la lutte armée et commence un processus de démilitarisation.

Voyons ce que l’État français a fait pendant ce temps là:

  • Il a depuis début 2010 arrêté 67 citoyens basques, parmi eux un certain nombre de militants de l’ETA.
  • Il a depuis l’arrêt définitif de la lutte armée arrêté 41 personnes dans 21 opérations de police.
  • Il a dispersé d’avantage les prisonniers du collectif qui étaient déjà dispersés et éloignés. Le collectif se trouve aujourd’hui éparpillé en groupes de deux ou trois prisonniers.
  • Il n’a rien fait pour que les conditions de détention des prisonniers soient meilleures et les provocations et les agressions n’ont pas cessé.
  • Il empêche la libération des militants qui arrivent en fin de peine et les arguments des avocats de l’État sont de plus en plus rétrogrades, comme  jamais on n’a utilisé contre l’ETA.

Les dernières arrestations faites à Biarritz, Ortzaize et Baigorri nous montrent bien dans quelle démarche se trouve l’État français. Dans cette dernière opération ont été arrêtés quatre basques qui seraient liés à l’ETA. Encore une fois c’est le ministre de l’intérieur espagnol qui a fait connaître une opération policière qui a eu lieu territoire français. D’après lui cette opération a été menée par la Guardia Civil avec l’aide de la police française. Ils l’ ont nommé Opération Pardines.

 Cela montre clairement que:

  • C’est la Guardia Civil qui mène la lutte contre le Pays Baque au nom des deux États.
  • En nommant l’opération du nom du premier Gaurdia Civil mort dans un affrontement fortuit avec des militants de l’ETA ils cherchent à représenter un fin de cycle. Mais le parcours de l’ETA ne finit pas avec les événements de Viliers-en-Bière, comme il n’a pas débuté à Venta Handi. Mais le fait est que le premier et le dernier des morts dus à l’activité armée de l’ETA ont au lieu lors des affrontements fortuits, des affrontements non voulus.
  • La volonté notoire de la part de certains de diviser l’activité armée de l’ETA en deux parties distinctes. L’ETA aurait eu un sens sous Franco mais elle n’aurait plus de sens lors quelle s’attaque aux neo-franquistes de la mal appelée démocratie. On l’a même entendu dans cette salle de la bouche des procureurs qui nous accusent au nom de la République française. La Guardia Civil n’a pas de doute, par contre, pour elle il n’y a qu’une seule organisation et elle a toujours été son ennemie.
  • Que l’ETA pratique ou pas la lutte armée, qu’elle lutte contre une dictature ou une dictature de fait, cela ne change rien. C’est qui est interdit c’est la résistance, la lutte, Euskal Herria, le Pays Basque. Par contre la Guardia Civil est celle de toujours, elle est aujourd’hui la même que celle du franquisme. La même qui torture, qui répand la terreur, qui occupe le Pays Basque.

L’ETA a arrêté la lutte armée il y a quatre ans. Et malgré tout types d’obstacle, provocation, involution et réfutation que le processus a eu à surmonter l’ETA reste ferme sur ses positions. Le souci le plus profond de notre organisation a été d’encourager, alimenter et promouvoir le processus politique qui apportera à notre pays la liberté et la paix.

Les partis politiques malgré leurs premières déclarations non fait aucun pas pour aller à la source du problème et avancer dans la résolution. Les États ont ajouté à leur refus de négociation, ce qui est depuis le point de vu des standards internationaux, une virulence incompréhensible. Au lieu de faire des pas pour soulager les conséquences du conflit ils essayent de changer les lois pour bloquer   même des avancées prévues dans la loi.

Lors des événements de Villiers-en-Bière ETA était cherchait à avancer dans le chemin de la paix. Elle le fait toujours.

Par contre les États espagnol et français n’ont pas cessé de empêcher cette démarche. Ils ont mis tous leurs moyens en ouvre pour le faire. Ce tribunal fait partie aussi. Regarder de l’avant ne veut pas dire oublier le passé. Il est indispensable de regarder en arrière pour que les erreurs du passé ne se répètent pas. Le chemin qui amènera la paix au Pays Basque ne passe pas par cette salle. Mais ces tribunaux ont aussi leur responsabilité, ils peuvent aider à faire ce chemin et surtout éviter que des nouvelles raisons pour la révolte ne se produisent.

La question reste toujours ouverte, est-ce que la France se limite à suivre la stratégie de l’Espagne ou le fait-elle tout en cachant derrière les demandes espagnoles ses propres intérêts stratégiques?

Il serait intéressant de savoir quelle des deux est majoritaire. Mais pour nous les conséquences sont claires: les deux États maintiennent historiquement  une stratégie de guerre contre le Pays Basque -et contre nombreux autres pays du monde-  qu’ils pérennisent et qu’il n’y a aucun indice pour croire qu’ils comptent changer et chercher des les voies d’une solution.  C’est ce que leur pratique politique nous a montré clairement ces dernières années et c’est ce qui nous montre ce procès tronqué qui à lieu dans cette salle.

A PROPOS DES PERSONNES AYANT SUBI DES CONSÉQUENCES DU CONFLIT

Il est dans l’air du temps de parler de La Mémoire, des victimes ou des conséquences du conflit.

Toute nation construit le récit de sa mémoire et de ses mythes pour le transmettre aux générations suivantes, mais cette narration est souvent jalonnée de périodes sombres ou des passages à vide.

Nous, qui sommes assis sur les bancs des accusés, savons de quoi on parle quand on parle de zones d’ombre dans l’Histoire. Ce que nos grands-parents, survivants de la guerre de 36-39 nous ont transmis sur cette période est minime. Nous comprenons pourquoi, tout d’abord parce que le fait de remémorer les souffrances vécues pendant la guerre leur supposait les revivre; mais aussi parce que la terreur répandue par les forces franquistes était toujours-là. Terreur qui a été et qui est toujours présente et en pleine vigueur.

La campagne de terreur contre le Pays Basque n’a jamais cessé.

Nous avons vu, il y a peu, l’Europe fêter le 70 anniversaire de la Paix. L’Espagne, sans aucun scrupule, s’y est invitée sans tenir compte de l’affront que pour les victimes supposait sa présence. De quel droit elle était là? D’après des experts et des historiens lors des 79 dernières années le chiffre de personnes disparues de force au Pays Basque, si on se réfère au pourcentage de population, dépasse celui des disparus en Argentine ou au Chili. On parle de la disparition forcée de 12.000 personnes.

Les vainqueurs et ceux qui s’y identifient nous répètent que ce ne sont que « des vielles histoires » ou « des vielles blessures » à oublier. Mais non, ces blessures saignent encore aujourd’hui. Il est impossible d’avancer si on ne s’attache pas à régler les conséquences du conflit, et surtout si on ne s’attarde pas sur les causes qui sont à l’origine. Il est impossible de recréer la paix sur l’injustice léguée par la répression.

Un grand effort est en train d’être fait par la population civile pour récupérer et rendre publique la mémoire effacée. Travail méprisé et pas soutenu par les institutions et qui est souvent entravé. C’est grâce au crowfoundig, qui renouvelle l’ancienne tradition du travail communautaire, que les ossements des assassinés en 36 sont en train d’être mis au jour et identifiés pour être mis sous terre dignement.

De sa part, l’Etat espagnol et ses comparses, après avoir décrété que la violence n’est apparue qu’avec l’ETA, a mis en place des listes de victimes de la lutte armée tout en mettant en scène des actes d’hommage en leur mémoire. Par des décrets successifs des listes de victimes ont été rédigées    en les classant par catégories tout en ajoutant un prix à la souffrance et aux sentiments. Il semblerait que cela va de paire avec la mode ou l’esprit capitaliste de la société dans laquelle nous vivons.

L’intérêt pour les victimes est nouveau. Les institutions n’en ont montré d’ intérêt jusqu’aux années 90. Aujourd’hui, par contre, le respect dû aux victimes est devenu l’excuse pour refuser toute avancée dans le règlement du conflit. Il y a un clair refus à s’attaquer aux causes de l’affrontement. L’existence même de l’affrontement est niée.

À ce jour, seule une partie restreinte et très spécifique des personnes ayant subi des conséquences du conflit est mise en avant et traité comme unique victime d’injustice.

Il faut aller à la racine, il est indispensable de mettre en place le moyen pour surmonter les causes du conflit sinon on ne fera que l’alimenter.

Dans cette bataille pour le récit du passé, même les mots ont perdu leur sens. C’est pour cela qu’il faut mettre au clair certains points.

Des institutions crées par l’État et qui prétendent travailler pour la paix nous parlent d’enquettes à mener pour mettre au clair quelques actions faites par l’ETA. Pourtant l’ETA a toujours revendiquée ses actions par la voie de ses communiqués publiques. Ce qu’ils font en réalité est légitimer tous les dossiers crées grâce aux tortures infligées à des milliers de militants, légitimer les condamnations qui ont suivi ces aveux extorqués. Qu’est qu’ils proposent comme méthode pour éclaircir ces dossiers? Qui vont-t-ils torturer cette fois-ci? Ou, vont-t-ils peut-être faire comme ces derniers temps et prendre au choix des militants pour les inculper sans aucune preuve?

Par contre il y a de quoi s’occuper dans les égouts ou chez les responsables des États. Qui a donné l’ordre et qui a couvert les actions de guerre contre les citoyens basques? On commence à entendre dire qu’il y a eu des tortures. Mais où sont ces fonctionnaires de l’état qui ont torturé 10.000 basques? Où sont les responsables politiques qui ont permis que ces fonctionnaires perpètrent cette sale besogne? Où tous ceux qui ont applaudi ou qui ont regardé ailleurs?

On nous parle d’autocritique. L’autocritique est la lecture critique et personnelle de ses agissements que chacun fait de son propre gré. Les militants de l’ETA ont l’obligation de la faire dans le sein de son organisation. L’ETA le fait publiquement en informant de ce qui a été fait tout en ajoutant les raisons et les objectifs de chaque action. Les autocritiques imposées, le chantage qui se cache derrière cette demande d’autocritique n’a comme objectif que l’anéantissement du militant, mais qui a encore un objectif plus ambitieux: la destruction d’un projet politique. La demande d’autocritique n’est qu’un nouveau obstacle qui fait de celui qui s’acharne à trouver des solutions le porteur exclusif du poids de la responsabilité.

L’ETA ne pratique plus de lutte armée, elle ne la pratiquera plus. La situation n’est pas pourtant plus distendue aujourd’hui. Ceux qui étaient sous la menace de l’ETA oui, ils ont vu sa situation changer complètement, mais la répression structurelle qui subissait le Pays Basque est maintenue fermement. C’est cette répression qui est à la source de la violence du conflit. Comment peut-on qualifier le fait de maintenir les prisonniers qui ont décidé de suivre le combat pour ses idées par des voies pacifiques dans des conditions extrêmes de survie et qu’on leur demande de faire une lecture critique de son passé?

C’est le monde à l’envers. On empêche l’ETA de mettre à terme son processus de désarmement. On fait de la politique sur le dos des victimes. Les prisonniers, otages dans les prisons des États, souvent dans des conditions pires à celles des années les plus dures de l’affrontement armé, subissent le chantage de la demande d’autocritique.

Les militants de l’ETA ont toujours gardé l’esprit critique envers ces faits, sur ce qu’ils étaient en train de faire et sur ce que ils allaient faire. Critiques envers tout, même sur la pratique de la lutte armée.

Nous aimerions vous faire entendre les paroles que notre camarade Jose Migel Beñaran Ordeñana, “Argala”, a enregistré en 1978 juste quelques jours avant d’être assassiné à Anglet par des barbouzes payés par l’Etat espagnol. Nous tenons à signaler que cet attentant a eu lieu sur ce que les français considèrent comme leur territoire et que 37 ans plus tard reste toujours sans éclaircir. Ainsi disait donc Argala par rapport à la violence, sur le côté humain de lutte armée:

« Je sais par expérience propre que les militants de l’ETA n’aiment pas la violence…. personne n’aime la lutte armée, elle est désagréable, elle est dure, à cause d’elle on peut finir en prison, en exil, être torturé, mourir, elle peut mener à tuer quelqu’un d’autre, elle endurcit la personne, lui fait du mal, mais la lutte armée est incontournable pour aller de l’avant. »

Les militants de l’ETA avons eu recours à la lutte armée pour mettre fin à une situation de répression et de violence, dans le but d’aller en avant dans le chemin de notre liberté. Elle a été un instrument incontournable pour que notre nation survive. Nous avons commis de faits graves. Cela ne nous a pas pris par surprise, mais la réalité dépasse largement toute prévision en gravité. Tuer n’est pas agréable, en aucun cas! Tuer est terrible. Il l’est encore plus lorsque c’est de manière involontaire.

Mais, il nous semble obscène de faire de cette souffrance infligée aux autres et à nous-mêmes un spectacle. Si par le spectacle de cette souffrance c’est l’humiliation et la reddition de l’ennemi qui est recherché, tout en sachant sciemment que cela ne fera que pérenniser le conflit, on est face à un crime.




Il y a 30 ans, le GAL assassinait Bixente Perurena et Angel Gurmindo

8022014

A cette occasion, nous reprenons l’article publié le 11 février 2012 dans le Journal du Pays Basque

 

8 février 1984 : Bixente Perurena et Angel Gurmindo étaient assassinés par le GAL

Mercredi 8 février 1984, rue Aizpurdi, Hendaye 19h50 : deux réfugiés basques Bixente Perurena et Angel Gurmindo “Stein” sont abattus de dix balles dans la tête tirées à bout portant. Le GAL  revendiquera le lendemain les deux assassinats, par le biais d’un appel téléphonique à Radio Popular. Bixente Perurena avait 37 ans, né à Oiartzun il était père de trois enfants et travaillait à Hendaye où il vivait. Angel Gurmindo “Stein” avait 30 ans. 27 ans après les deux crimes demeurent impunis.

Le début du GAL

Rappelons le contexte, en cette année 1984, quatre attentats du GAL ont eu lieu depuis octobre 1983 : la disparition des réfugiés José Ignacio Zabala “Joxi” et José Antonio Lasa “Joxean” rue des Tonneliers à Bayonne, le 4 décembre Segundo Marey est enlevé à Hendaye et libéré quelques jours plus tard, le 20 décembre Ramon Oñaederra “Kattu”est assassiné au bar Kaietenia de Bayonne et le 1er janvier 1984 le réfugié Mikel Goikoetxea “Txapela” meurt des suites d’un attentat perpétré contre sa personne quelques jours auparavant à St-Jean-de-Luz.

 Une longue série d’assassinats

L’ambiance est tendue et lourde dans le milieu des réfugiés en Pays Basque Nord en ce début d’année 1984. Quelques jours avant l’attentat qui lui coûtera la vie, Bixente Perurena remarque dans son quartier à Hendaye la présence de voitures suspectes aux alentours de son domicile. Le matin même de l’attentat en ce 8 février 1984, il se rend au commissariat de Hendaye et communique à la police les immatriculations de ces deux voitures suspectes provenant de Bilbo. Un fait non nié par la police, à l’époque. D’autres sources indiqueront qu’ Angel Gurmindo l’accompagnait ce soir là, car Bixente Perurena se sentait surveillé. L’attentat souleva une vague d’indignation d’autant plus que Bixente Perurena se sentait traqué et en avait fait part à ses proches. Un millier de personnes manifestèrent le lendemain de l’attentat dans les rues de Hendaye, la frontière fut même fermée. Le maire de la ville Raphaël Lassallette (Parti Socialiste) lira un communiqué avant la manifestation demandant la recherche d’une solution démocratique au problème de la violence en Pays Basque Sud et l’ouverture de négociations. Contacté par notre rédaction, celui qui est aujourd’hui ex maire d’Hendaye et retiré de la vie politique nous dira “souhaiter une fois pour toute ne garder aucun souvenir. Je ne veux pas commenter non plus cette époque terrible pour moi et pour les Hendayais. La période a été extrêmement mouvementée” dira Raphaël Lassallette qui avait accepté que les cendres de Bixente Perrurena et Angel Gurmindo soient gardées avant leur dispersion dans le hall de la mairie d’Hendaye. Auparavant au fronton Beltzenia un hommage fut rendu par des centaines de personnes aux deux jeunes réfugiés. Après cet attentat de 1984, le GAL continuera à perpétrer de nombreux attentats jusqu’en 1987. Le GAL sera responsable d’une trentaine de morts et de destruction de biens immobiliers.

GAL : Une affaire de plus classée sans suite

L’attentat contre Bixente Perurena et Angel Gurmindo faisait partie du dénommé cas Oñaederra. En janvier 2003 l’Audience nationale à Madrid n’a pas donné suite à l’enquête qui pointait du doigt la responsabilité dans ce dossier de trois généraux Emilio Alonso Manglano, Andrés Cassinello et Enrique Rodriguez Galindo. Par manque de preuves dira le tribunal. Deux gardes civils Enrique Dorado Villalobos et Felipe Bayo Leal déjà impliqués et condamnés pour les enlèvements et morts de Lasa et Zabala les avaient désignés comme étant les donneurs d’ordres et organisateurs du GAL. Des donneurs d’ordres qui ont agi en toute impunité, les seules arrestations effectuées ont eu surtout comme cibles des mercenaires à la solde de responsables politiques. Des responsables politiques de haut niveau qui pour très peu d’entre eux ont été condamnés à des peines importantes, mais ont passé  en réalité un temps infime en prison. Et sont aujourd’hui libres.

Béatrice MOLLE




L’assassin de Yolanda González travaille pour la police espagnole !

18032013

Il y a quelques jours, le journal espagnol El Pais a publié une enquête au sujet d’un ancien membre du Batallon Vasco Español et du parti franquiste Fuerza Nueva. Celui-ci a été condamné pour l’assassinat d’une jeune basque, Yolanda Gonzalez. Le site La Horde a récemment publié un résumé en français de cette enquête, le voici :

Reconversion chez les flics pour l’assassin de Yolanda González

Le journaliste d’El País, José María Irujo, a récemment publié les résultats de son enquête sur Emilio Hollín Moro, membre du parti franquiste Fuerza Nueva et condamné pour le meurtre d’une jeune étudiante basque…

Dans la matinée du 2 février 1980, l’étudiante basque Yolanda González Martín, membre du Parti Socialiste des Travailleurs (petite formation trotskyste) et connue pour son fort engagement au sein de son école, était retrouvée morte dans la banlieue ouvrière de Madrid, à l’âge de 19 ans. Quelques jours plus tard, le Batallón Vasco Español revendiquait cette action en assurant lutter pour une Espagne « grande, libre et unie », comme le voulait la devise franquiste. Yolanda avait été séquestrée, torturée puis assassinée de trois balles dans la tête en raison de sa supposée appartenance à l’organisation indépendantiste basque ETA. Son nom s’ajouta à la longue liste des victimes du BVE, groupe armé d’extrême-droite ayant commencé ses activités peu après l’exécution du successeur désigné de Franco, Luis Carrero Blanco, revendiquée par ETA. Entre 1975 et 1981, le BVE a assassiné au moins 32 personnes, désignées en fonction de leur appartenance, réelle ou supposée, à ETA. A partir de 1982, le BVE est remplacé par une organisation plus connue : les Groupes Antiterroristes de Libération (GAL).

En 1982, l’Audience nationale condamne Ignacio Abad, José Ricardo Prieto et Félix Pérez Ajero, membres du parti franquiste Fuerza Nueva, à des peines de 4 à 26 ans de prison. Le policier Juan Carlos Rodas ainsi que le responsable de la sécurité de Fuerza Nueva, David Martínez Loza, furent également condamnés. Mais la peine maximum fut réservée à Emilio Hellín Moro, influent membre de Fuerza Nueva, considéré comme le principal exécutant, avec 43 ans de prison.

Malgré cette lourde peine pour des faits qualifiés de « terroristes », Hellín bénéficie, en 1987, d’une permission de six jours ! Il en profite alors, à l’aide d’un faux passeport, pour s’envoler en direction du Paraguay, accueilli les bras grands ouverts par le régime dictatorial d’Alfredo Stroessner. Il y fonde le Centre d’Etudes Professionnelles d’Asunción et y forme les services secrets paraguayens à l’installation de micros et aux écoutes téléphoniques. Trois ans plus tard, suite à une enquête d’un journaliste espagnol, il est finalement extradé vers l’Espagne avant d’être définitivement libéré en janvier 1996, après 14 ans de prison, soit la moitié de la peine maximum existant dans le Code pénal espagnol1. Notons également qu’il bénéficia de jours de permissions, malgré sa fuite de 1987.

A sa sortie, il change son nom en Luis Enrique Hellín Moro et se reconvertit dans l’informatique, plus précisément dans le secteur de l’investigation criminelle et judiciaire. Son entreprise florissante, New Technology Forensics, obtient plusieurs contrats dont les plus rentables avec le Service de Criminalistique de la Garde Civile (équivalent de la gendarmerie), la Police Nationale, le Ministère de la Défense ou encore les polices autonomes basque (Ertzaintza) et catalane (Mossos d’Esquadra). Parmi ses activités : la participation à des enquêtes, la formation d’agents ou encore la participation à des procès en tant qu’expert.

L’histoire de Emilio Hellín Moro nous confirme, si besoin était, que l’Etat espagnol continue d’être imprégné de son passé franquiste, protégeant ceux qui l’ont servi. Un passé qui, en revanche, semble avoir été oublié par le Parti Nationaliste Basque (PNV, droite basque), victime de la répression franquiste pendant 40 ans et qui collabore aujourd’hui avec les ennemis d’hier. Ainsi, alors que des habitants du quartier d’origine de Yolanda González avaient réalisé une fresque murale afin de commémorer les 33 ans de sa disparition, les services techniques de la ville de Bilbao (dirigée par le PNV) effaçait la fresque. Quelques jours plus tard, dans un contexte de forte mobilisation populaire pour connaître la vérité quant au soutien dont a bénéficié Hellín Moro, une nouvelle fresque était réalisée. Yolanda, nous ne t’oublions pas ! Yolanda gogoan !

L’article complet paru dans El País (en castillan)

1 Il ne s’agit évidemment pas de plébisciter les très longues peines de prison mais, dans ce type de dossier, ce type de remise de peines est très rare. Les militants de la gauche indépendantiste basque peuvent en témoigner, encore aujourd’hui…

http://lahorde.samizdat.net/wp-content/uploads/2013/03/Gonzalez-Fresque.jpg

Source : http://lahorde.samizdat.net/?p=1551







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